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Jan

2006

Réforme de l'éducation: les élèves stagnent ou régressent PDF Imprimer Envoyer

par Marie Allard, in La Presse, 18 janvier 2006


Nouveau coup dur pour la réforme. Plus de 500 élèves de milieux défavorisés stagnent ou régressent dans la maîtrise de compétences prévues par la réforme en mathématiques, selon une étude de la chercheuse Manon Théorêt, de l'Université de Montréal. S'ils s'améliorent, ce n'est pas de façon notable.

«Il y a bien plus souvent stagnation et régression qu'amélioration, a dit Mme Théorêt à La Presse. Un tiers des compétences évaluées s'améliore, mais un deuxième tiers stagne et un troisième régresse. Notre conclusion est qu'il n'est pas clair que les enfants de milieux défavorisés vont s'améliorer avec la réforme. Elle a pourtant été créée à la suite des états généraux sur l'éducation, dans le but de favoriser la réussite de tous les élèves.» Un colloque s'ouvre d'ailleurs demain afin de souligner les 10 ans de ces états généraux.

2001 à 2004

Financée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l'étude menée par Mme Théorêt et trois autres chercheuses a eu lieu entre 2001 et 2004. Afin de mesurer l'impact de la réforme sur la réussite en mathématiques, l'équipe a évalué 515 élèves de première année du primaire et du secondaire.

Fréquentant des écoles de quartiers défavorisés de Montréal et Montréal-Nord, ces jeunes ont été vus deux fois, au début et à la fin d'une même année scolaire. Dans l'esprit de la réforme, ils ont participé à des «situations d'évaluation» en mathématiques portant sur des thèmes tels que les poussins, les chevaliers, la chasse au trésor ou l'argent de poche.

Au primaire, les 95 élèves ont faiblement amélioré leurs compétences à «exploiter l'information» et à «exercer leur jugement critique» en cours d'année. Leurs résultats se sont toutefois détériorés dans les autres compétences qui sont «résoudre des problèmes», «mettre en oeuvre leur pensée créatrice», «communiquer de manière appropriée», «résoudre une situation-problème en mathématiques» et «communiquer en mathématiques».

«Au vu de ces données, rien ne permet de penser que l'enseignement renouvelé en fonction des visées de la réforme permet aux élèves de milieux défavorisés de mieux réussir en mathématiques», soulignent les chercheuses.

À peine mieux au secondaire

Au secondaire, le portrait d'une première cohorte de 267 élèves est un peu moins noir. Une minorité de ces jeunes a amélioré significativement deux compétences transversales et une compétence en maths. Le groupe stagne ou régresse toutefois dans quatre autres compétences. Une seconde cohorte de 153 élèves a fait mieux, ne stagnant ou ne régressant que dans trois compétences. Les améliorations notées ailleurs sont cependant modestes, sauf dans un cas.

L'étude a également porté sur une douzaine de professeurs. Peu familiers avec la réforme au départ (une minorité avait lu les documents envoyés par le ministère de l'Éducation) et habitués à un enseignement traditionnel, ces profs privilégiés ont rencontré les chercheuses 21 fois en trois ans pour démystifier la réforme. Cette aide semble avoir porté ses fruits, puisque les meilleurs élèves étaient ceux dont les profs étaient suivis depuis deux ans. En conséquence, le rapport suggère un accompagnement «systématique et de longue durée» pour tous les enseignants, «si l'on espère voir des changements chez les élèves».

Deux documents gardés secrets

L'enquête de Mme Théorêt a été saluée par deux chercheurs en éducation critiques de la réforme, Steve Bissonnette, doctorant à l'Université Laval, et Normand Péladeau, de Provalis Research. L'étude permet de constater que «les apprentissages sur lesquels serait centrée la réforme ne se réalisent pas, ou encore très difficilement», soulignent les chercheurs dans une lettre qu'ils ont envoyée à La Presse. Ils en profitent pour demander au ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, de rendre publiques les analyses produites par la Table de pilotage de la réforme. Le Ministère refuse actuellement de publier deux documents; un bilan est cependant prévu pour mai ou juin.

Mme Théorêt ajoute sa voix à cette demande. «Je pense que la grande majorité des chercheurs veulent que les évaluations de la réforme soient rendues disponibles le plus tôt possible, puisque tous nos enfants sont touchés par la réforme, a-t-elle fait valoir. Je ne suis pas très inquiète pour la majorité des élèves, qui s'en tirent bien avec n'importe quelle méthode. Mais pour ceux qui sont en difficulté, je me pose des questions.»


repris du site http://www.cyberpresse.ca/  du 18/1/2006