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Code vestimentaire en classe: un projet de loi veut serrer la visUn code vestimentaire pour les élèves et les enseignants. Une réglementation de l'usage des portables. La proscription du tutoiement des enseignants par les élèves. La sanction systématique pour toutes les dégradations de matériel. Des notes de comportement mensuelles: voilà le menu d'un projet de loi que les radicaux genevois vont déposer devant leur parlementpar Francesca Sacco - le 08 février 2009, in Le Matin Dimanche Finis - peut-être - les ventres à l'air pour les filles, les caleçons qui dépassent du jean taille XXL pour les garçons et les tongs pour les professeurs. Les radicaux genevois vont déposer demain, devant le Grand Conseil, un projet de loi introduisant notamment un «code vestimentaire minimal» pour tous. Les parents sont également visés: le projet prévoit «la dénonciation pénale de toute violence verbale ou physique, d'un parent d'élève à l'égard d'un enseignant, quel que soit le statut légal du parent». Un rapport mandaté en 2003 par le gouvernement révélait que les pressions exercées par les parents étaient largement responsables de l'état de stress des enseignants. Plus de 20% de ces derniers avouaient avoir été agressés verbalement au moins une fois par un parent d'élève. «Ce projet de loi vise à redéfinir le rôle de l'école et à responsabiliser les parents. L'éducation appartient aux parents et la transmission du savoir à l'école», affirme le radical Jacques Follonier, président de la Commission de l'enseignement. Bannir les tenues trop sexy Si le projet est accepté, encore faudra-t-il définir un «code vestimentaire minimal». Les radicaux pointent du doigt les tenues «trop sexy», les vêtements de sport, les signes de ralliement comme les têtes de mort brodées dans le dos, les accessoires tels que les chaînes et les habillements évoquant des tenues de combat. «C'est vrai qu'il n'est pas toujours facile d'identifier les signes de ralliement. Une casquette, par exemple, comment peut-on savoir si c'en est un?», s'interroge Jacques Follonier. Autre mesure destinée à serrer la vis: les dégradations de matériel seront systématiquement sanctionnées et assorties de travaux de remise en état. De plus, les téléphones portables devront être éteints durant les cours - la règle s'applique normalement déjà dans tous les établissements - et le comportement de l'élève fera l'objet d'une note comptant dans le bilan certificatif. Dernier point, le projet offre un soutien accru aux migrants. Les parents suivront un cours sur les règles et le fonctionnement de l'institution scolaire genevoise et suisse. «Il ne s'agira pas seulement d'une soirée de cours, mais d'une, deux ou trois journées de formation», précise Jacques Follonier. Dans la mesure du possible, le Département devrait garantir à leurs enfants un enseignement gratuit de leur langue maternelle, en dehors des heures de cours. Quant aux enseignants, ils devront suivre une formation obligatoire sur la gestion des différences culturelles et religieuses. Un projet de loi dans l'air du temps Le projet radical s'inscrit complètement dans l'air du temps: la tendance est au «dresscode». Plusieurs écoles du canton ont déjà adopté dans leur règlement un article imposant de venir à l'école «correctement habillé». En 2003 déjà, dans le canton de Vaud, les écoles de Moudon avaient donné l'exemple en écrivant aux parents pour dénoncer les «tenues vestimentaires tout bonnement inappropriées de certains». Les parents avaient été «priés de veiller à ce que leurs enfants affichent une tenue adaptée à la vie et au travail de classe.» André Duchosal (sic), porte-parole de l'Association genevoise Refaire l'Ecole (ARLE) voit d'un bon oeil le projet de loi radical: «Il y a une reprise en main qui doit être faite». L'idée d'instaurer un code vestimentaire, même minimal, plaît nettement moins à Bilal Ramadan, animateur de la Coordination enseignement, un groupement qui réunit des enseignants, des associations de parents d'élèves et des partis politiques du canton du bout du lac. «Il n'y a pas de problème de vêtements dans nos établissements. Les écoles règlent très bien les choses au cas par cas, il faut leur laisser leur autonomie.» «Je crois difficile d'établir un code général qui respecte les goûts et les sensibilités de chacun», renchérit Daniel Borgo, président de la Fédération des associations des maîtres du cycle d'orientation. On le voit: le projet de loi des radicaux ouvre un débat qui s'annonce contrasté. Ce que le projet de loi propose pour l'école Le projet de loi radical genevois propose en substance: 1. De mieux régler les relations entre les parents, les enseignants et l'institution scolaire. En particulier en protégeant mieux les enseignants contre des parents violents, tant physiquement que verbalement. Et en imposant aux parents dont les enfants ne respectent rien des mesures plus strictes qu'aujourd'hui. 2. De mieux intégrer les élèves étrangers en améliorant substantiellement l'encadrement de leurs parents et en promouvant des cours de langue pour les élèves qui ne maîtrisent pas le français. Par ailleurs, les enseignants seraient invités à suivre une formation leur permettant de mieux gérer les différences interculturelles. 3. D'édicter des règles précises en matière de comportement et d'attitudes, règles propres à instaurer entre tous les membres de la communauté scolaire plus de respect mutuel. Ces règles vont d'un code vestimentaire pour les élèves et les enseignants jusqu'à l'évaluation mensuelle du comportement, en passant par la réglementation des téléphones portables, le tutoiement, et des sanctions contre les vandales. M. D. Editorial Pour que l'école, ce ne soit plus «galère» L'école ne cesse de susciter le débat. Cela se comprend: dans une société de plus en plus compétitive, les parents sont à cran à l'idée que leur progéniture ne reçoive pas le meilleur enseignement possible, dans les meilleures conditions qui soient. Il n'y a d'ailleurs pas qu'eux à être tendus: les enseignants aussi le sont, qui voient leurs conditions de travail se compliquer face à des classes de plus en plus hétérogènes. Voire même se durcir, face à des élèves de moins en moins respectueux de leur autorité. Sans parler des directions d'établissement qui les soutiennent mollement, de plus en plus craintives face aux pressions des parents (ou de leurs avocats...). Bref, la vie scolaire, côté élèves comme côté enseignants, «c'est galère». En témoigne le triste bilan de santé que l'on tire lorsqu'on s'enquiert de l'état sanitaire du corps enseignant, comme à Genève: c'est le stress à tous les étages. Face à cette situation, le politique commence sérieusement à s'émouvoir. Dernière manifestation en date, l'initiative que prend aujourd'hui le Parti radical genevois de lancer un projet de loi visant à promouvoir une école, ou mieux une vie scolaire, plus empreinte de respect et de sérénité. Dit comme cela, le projet semble un rien pompeux. A lire le texte dans le détail de ses dispositions, il n'en est rien. Parce qu'il est concret, simplement concret, terriblement concret. Il plaide pour que la tenue vestimentaire des élèves, comme des professeurs, retrouve un peu de bon sens. Il plaide pour que les téléphones portables ne viennent plus polluer les heures de cours. Que les élèves ne tutoient plus leur maître. Que les déprédations de matériel soient sanctionnées systématiquement. Il plaide, en un mot, pour que la communauté de vie qu'est un établissement scolaire retrouve le sens du bien public, parce qu'il est le creuset de la République. Michel Danthe, rédacteur en chef |


