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Les Genevois voudront-ils garder les notes à l'école?
(14/01/2003)

 

Une année après sa création, l’association Refaire l’école va jouer son va-tout.

 

par BERNARD FAVRE

 

"Il y a le feu au primaire" avait déclaré André Duval, enseignant primaire, lors de l’assemblée fondatrice de l’association Refaire l’école (ARLE), fin 2001. Le feu, c’est la rénovation du primaire. Plus précisément: la suppression des notes et le remplacement des années scolaires par deux cycles de quatre ans. Les pompiers de l’ARLE ont donc décidé de sortir le tonne-pompe et la grande échelle. Mercredi, l’assemblée doit en effet confirmer le lancement d’une initiative populaire "pour le maintien des notes à l’école primaire".

François Truan, président de l’ARLE, rappelle: "A deux reprises, l’assemblée a déjà confié au comité le mandat de choisir le bon moment pour lancer une initiative." En principe donc, la démarche du comité devrait passer la rampe de l’assemblée sans encombre. "Mais par souci démocratique, nous voulons consulter une dernière fois nos membres", explique le président.

Beer et Longchamp se positionnent

Souci démocratique certes, mais aussi parce qu’on ne se lance pas dans un tel combat sans s’assurer d’en avoir les moyens. L’affluence de mercredi donnera une idée de la motivation des membres de l’association. Leurs cotisations et des dons éventuels devraient suffire à financer la récolte de signatures.

Ces dernier mois, l’ARLE a rencontré des élus de tous partis. Les radicaux, qui avaient fait campagne en 2001 pour le maintien des notes, ont largement repris les thèmes de l’ARLE dans une motion au Grand Conseil. A gauche, des socialistes reconnaissent qu’ils partagent certaines critiques de l’ARLE sur la rénovation. Charles Beer, candidat du PS à la succession de Calmy-Rey, n’approuve pas le principe de l’initiative, mais il "regarde cette rénovation d’un œil critique. Notamment sur la question de l’évaluation et en raison de l’insuffisance des moyens", affirme-t-il.

Son rival radical François Longchamp reste plus flou: "Enfants et parents ont besoin d’évaluations claires. Mais les notes ne sont pas la panacée. Avant de me prononcer, j’attends les résultats d’une étude promise par l’instruction publique sur l’évaluation sans notes." Le texte de l’initiative est fin prêt. Il a été rédigé avec le soutien d’un fin juriste et vérifié par un constitutionnaliste éminent. Il demande "d’inscrire dans la loi le principe de l’attribution de notes annuelles à l’école primaire" et celui du rythme annuel. A ceux qui lui reprochent de vouloir une école élitaire méprisant les faibles, François Truan réplique: "Au contraire: c’est ceux qui veulent abaisser les exigences qui méprisent les élèves."

Si l’initiative aboutit, le peuple sera appelé aux urnes. "En inscrivant les notes dans la loi, nous n’empêchons pas les choses de changer. Nous rendons le débat aux politiques", commente-t-il. Jusqu’ici en effet, nul besoin de consulter le Grand Conseil ou le peuple pour supprimer les notes. C’était l’affaire d’un règlement, qui relève de la compétence du Conseil d’Etat.

 


L’Exécutif vaudois repousse le vote sur les notes

Dans le canton de Vaud, les libéraux combattent seuls la réforme "Ecoles vaudoise en mutation" (EVM), qui veut établir des dispositifs proches de ceux de la rénovation du primaire à Genève. En mai 2001, ils ont déposé une initiative populaire intitulée "Des notes pour une école transparente", munie de pas moins de 20000 signatures. Or, les notes ne sont pas qu’une vétille. Tous les experts, à commencer par le Conseil d’Etat, affirment que leur retour signerait l’arrêt de mort d’EVM.

Francine Jeanprêtre avait mené EVM avec le soutien des syndicats, mais contre de nombreux enseignants. Elle en a fait les frais lors des élections cantonales du printemps 2002, où elle a été évincée dès le premier tour.

Les libéraux espéraient beaucoup d’Anne-Catherine Lyon, qui lui a succédé à l’Exécutif. Comme EVM n’est pas "sa" réforme, elle aurait pu remettre tout le dossier à plat et faire voter cette initiative dès son entrée en fonction.

Mais la ministre ne l’a pas entendu de cette oreille. Jeudi dernier, le Conseil d’Etat a demandé au Grand Conseil d’ajourner de dix-huit mois la date de mise en votation de l’initiative. Les Vaudois auraient dû se rendre aux urnes cette année. Ils ne le feront en principe pas avant l’automne 2004.

Concrètement, cela signifie qu’EVM sera étendue à l’ensemble des classes du canton avant que l’initiative soit soumise au verdict populaire. Les libéraux crient au hold-up démocratique. Anne-Catherine Lyon estime pour sa part que ces délais devraient permettre à tout le monde d’y voir plus clair sur les effets d’EVM, voire d’élaborer un contre-projet à l’initiative libérale.

B. Fa

 


l'édito

Une chance à saisir

L’ARLE ne pense pas résoudre d’un coup de baguette magique les difficultés de l’école publique genevoise. Tout ne se résume pas à la question des notes. L’ARLE ne l’ignore pas. Il suffit de se pencher sur les travaux de sa commission primaire pour s’en convaincre.

En défendant le principe des notes et du rythme annuel, l’initiative populaire s’en prend à l’écume visible de la réforme voulue par Martine Brunschwig Graf. Mais sans cette écume, plus de vague. Plus clairement: les bases idéologiques de la réforme s’effondreront si l’on renonce à supprimer les notes. C’est bien ce que souhaite l’ARLE: que les Genevois puissent dire oui, ou non, à la rénovation dans son ensemble avant que celle-ci soit étendue à toutes les écoles. C’est ce qu’ont espéré les libéraux vaudois. Leur initiative en faveur des notes visait à stopper la réforme EVM. Elle a recueilli 20000 signatures en mai 2001. Malgré ce succès record, le conseil d’Etat vaudois veut repousser à fin 2004 le vote populaire. En clair: les Vaudois ne se prononceront pour ou contre EVM qu’après sa mise en place. Beau hold-up démocratique.

Si l’initiative de l’ARLE aboutit, Genève bénéficiera d’une chance unique. Celle de permettre aux citoyennes et aux citoyens de s’exprimer sur l’école qu’ils veulent pour leur République. Et que l’on ne nous dise pas que le peuple n’a pas les moyens de comprendre la rénovation. Ce serait un comble que les experts en pédagogie ne parviennent pas à convaincre des adultes doués de raison du bien-fondé de leur démarche.

 

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