Une année après sa création, lassociation Refaire lécole va jouer son va-tout.
par BERNARD FAVRE
"Il y a le feu au primaire" avait déclaré André Duval, enseignant primaire, lors de lassemblée fondatrice de lassociation Refaire lécole (ARLE), fin 2001. Le feu, cest la rénovation du primaire. Plus précisément: la suppression des notes et le remplacement des années scolaires par deux cycles de quatre ans. Les pompiers de lARLE ont donc décidé de sortir le tonne-pompe et la grande échelle. Mercredi, lassemblée doit en effet confirmer le lancement dune initiative populaire "pour le maintien des notes à lécole primaire".
François Truan, président de lARLE, rappelle: "A deux reprises, lassemblée a déjà confié au comité le mandat de choisir le bon moment pour lancer une initiative." En principe donc, la démarche du comité devrait passer la rampe de lassemblée sans encombre. "Mais par souci démocratique, nous voulons consulter une dernière fois nos membres", explique le président.
Beer et Longchamp se positionnent
Souci démocratique certes, mais aussi parce quon ne se lance pas dans un tel combat sans sassurer den avoir les moyens. Laffluence de mercredi donnera une idée de la motivation des membres de lassociation. Leurs cotisations et des dons éventuels devraient suffire à financer la récolte de signatures.
Ces dernier mois, lARLE a rencontré des élus de tous partis. Les radicaux, qui avaient fait campagne en 2001 pour le maintien des notes, ont largement repris les thèmes de lARLE dans une motion au Grand Conseil. A gauche, des socialistes reconnaissent quils partagent certaines critiques de lARLE sur la rénovation. Charles Beer, candidat du PS à la succession de Calmy-Rey, napprouve pas le principe de linitiative, mais il "regarde cette rénovation dun il critique. Notamment sur la question de lévaluation et en raison de linsuffisance des moyens", affirme-t-il.
Son rival radical François Longchamp reste plus flou: "Enfants et parents ont besoin dévaluations claires. Mais les notes ne sont pas la panacée. Avant de me prononcer, jattends les résultats dune étude promise par linstruction publique sur lévaluation sans notes." Le texte de linitiative est fin prêt. Il a été rédigé avec le soutien dun fin juriste et vérifié par un constitutionnaliste éminent. Il demande "dinscrire dans la loi le principe de lattribution de notes annuelles à lécole primaire" et celui du rythme annuel. A ceux qui lui reprochent de vouloir une école élitaire méprisant les faibles, François Truan réplique: "Au contraire: cest ceux qui veulent abaisser les exigences qui méprisent les élèves."
Si linitiative aboutit, le peuple sera appelé aux urnes. "En inscrivant les notes dans la loi, nous nempêchons pas les choses de changer. Nous rendons le débat aux politiques", commente-t-il. Jusquici en effet, nul besoin de consulter le Grand Conseil ou le peuple pour supprimer les notes. Cétait laffaire dun règlement, qui relève de la compétence du Conseil dEtat.
LExécutif vaudois repousse le vote sur les notes
Dans le canton de Vaud, les libéraux combattent seuls la réforme "Ecoles vaudoise en mutation" (EVM), qui veut établir des dispositifs proches de ceux de la rénovation du primaire à Genève. En mai 2001, ils ont déposé une initiative populaire intitulée "Des notes pour une école transparente", munie de pas moins de 20000 signatures. Or, les notes ne sont pas quune vétille. Tous les experts, à commencer par le Conseil dEtat, affirment que leur retour signerait larrêt de mort dEVM.
Francine Jeanprêtre avait mené EVM avec le soutien des syndicats, mais contre de nombreux enseignants. Elle en a fait les frais lors des élections cantonales du printemps 2002, où elle a été évincée dès le premier tour.
Les libéraux espéraient beaucoup dAnne-Catherine Lyon, qui lui a succédé à lExécutif. Comme EVM nest pas "sa" réforme, elle aurait pu remettre tout le dossier à plat et faire voter cette initiative dès son entrée en fonction.
Mais la ministre ne la pas entendu de cette oreille. Jeudi dernier, le Conseil dEtat a demandé au Grand Conseil dajourner de dix-huit mois la date de mise en votation de linitiative. Les Vaudois auraient dû se rendre aux urnes cette année. Ils ne le feront en principe pas avant lautomne 2004.
Concrètement, cela signifie quEVM sera étendue à lensemble des classes du canton avant que linitiative soit soumise au verdict populaire. Les libéraux crient au hold-up démocratique. Anne-Catherine Lyon estime pour sa part que ces délais devraient permettre à tout le monde dy voir plus clair sur les effets dEVM, voire délaborer un contre-projet à linitiative libérale.
B. Fa
l'édito
Une chance à saisir
LARLE ne pense pas résoudre dun coup de baguette magique les difficultés de lécole publique genevoise. Tout ne se résume pas à la question des notes. LARLE ne lignore pas. Il suffit de se pencher sur les travaux de sa commission primaire pour sen convaincre.
En défendant le principe des notes et du rythme annuel, linitiative populaire sen prend à lécume visible de la réforme voulue par Martine Brunschwig Graf. Mais sans cette écume, plus de vague. Plus clairement: les bases idéologiques de la réforme seffondreront si lon renonce à supprimer les notes. Cest bien ce que souhaite lARLE: que les Genevois puissent dire oui, ou non, à la rénovation dans son ensemble avant que celle-ci soit étendue à toutes les écoles. Cest ce quont espéré les libéraux vaudois. Leur initiative en faveur des notes visait à stopper la réforme EVM. Elle a recueilli 20000 signatures en mai 2001. Malgré ce succès record, le conseil dEtat vaudois veut repousser à fin 2004 le vote populaire. En clair: les Vaudois ne se prononceront pour ou contre EVM quaprès sa mise en place. Beau hold-up démocratique.
Si linitiative de lARLE aboutit, Genève bénéficiera dune chance unique. Celle de permettre aux citoyennes et aux citoyens de sexprimer sur lécole quils veulent pour leur République. Et que lon ne nous dise pas que le peuple na pas les moyens de comprendre la rénovation. Ce serait un comble que les experts en pédagogie ne parviennent pas à convaincre des adultes doués de raison du bien-fondé de leur démarche.
© Tribune de Genève