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L'École primaire en danger
(13/02/2003)

Les opposants à notre initiative nous font le double reproche d'immobilisme et de populisme. Nous rétorquons aux porte-parole de cette opposition qu'ils se sont simplement laissés piéger par quelques " penseurs expertocrates " de la pédagogie. Ils ne sont d'ailleurs que peu représentatifs de l'ensemble des membres de leur syndicat ou groupement. Les très nombreuses signatures d'enseignants et de parents déjà apposées sur notre initiative le prouvent.

Admirateurs inconscients ou parties prenantes de la Rénovation pour des raisons carriéristes, ces personnes ont fini par faire l'éloge du changement pour le changement. Or, chacun l'admettra, changer ne signifie pas forcément évoluer de manière positive. Sous prétexte de faire progresser l'école, il faudrait, à les en croire, accepter n'importe quelle réforme ! Par ailleurs, s'en remettre démocratiquement au jugement du peuple est dénoncé comme populiste ! Voilà qui est surprenant de la part de gens qui se disent ouverts au débat et à la concertation, et libres de tout parti pris.

Est-ce vraiment " figer " l'école que dénoncer les dangers de la Rénovation ? Les choses doivent être claires : nous ne rejetons pas, comme on tente de le faire croire, toutes les mesures proposées. Certaines présentent des points positifs et peuvent faire progresser l'école.

Ce que nous condamnons fermement, c'est la mise en place des cycles d'apprentissage sur 4 ans. En fixant des délais aussi longs pour atteindre des objectifs, on favorise les enfants déjà capables de se structurer et de se responsabiliser, mais on défavorise tous les autres. Les inégalités seront d'autant plus aggravées que seule une minorité d'élèves pourront bénéficier d'aides familiales ou extérieures pour pallier leurs éventuelles faiblesses. Ces cycles induisent donc une sélection cachée. Car en différant continuellement les acquisitions fondamentales, on crée chez les élèves les plus fragiles des lacunes irréversibles. Dire aux parents que, quelles que soient ses performances, leur enfant est en progression, n'est que poudre aux yeux qui endort leur vigilance. Sur une période de 4 ans, tout enfant fait des progrès, même s'il ne fréquente pas l'école ! Ce que nous voulons est plus ambitieux : orienter les progrès de l'élève et les canaliser pour qu'il puisse passer harmonieusement d'un degré à l'autre. On le sait: les enfants, à cet âge, ont besoin de cadres et de références. Les cycles suppriment les repères indispensables à leur bien-être et à leur épanouissement.

Nous rejetons aussi l'évaluation sans notes, qui présente des risques importants. On y privilégie l'appréciation subjective, au détriment de celle, plus objective, qu'offre l'évaluation chiffrée. Or la note est un moyen simple d'évaluer, à un moment donné de son cursus, le travail d'un élève, non sa personne : elle préserve ainsi son intimité. Les enfants l'ont bien compris, qui la réclament majoritairement. De plus, la note est compréhensible par tous, elle fournit un repère pour l'élève, ses parents, ses enseignants. Enfin elle permet de juger régulièrement du niveau d'apprentissage et d'acquisition des connaissances. Rien n'empêche évidemment de la commenter: nous sommes en faveur, répétons-le, d'une évaluation chiffrée assortie de commentaires.

L'école publique est l'affaire de tous, elle n'appartient pas à une poignée d'experts qui siégent en conclave et la confisquent pour en faire un laboratoire expérimental. Nous espérons que le bon sens des citoyens saura sortir l'école de l'ornière où on la pousse depuis bien des années.

André Duval, enseignant au primaire

Vice-président de l' ARLE

 

 

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