RÉGIONS : Comme les Vaudois, les Genevois devraient
se prononcer sur l'utilité des notes à l'école
(15 janvier 2003)
par Laurent Busslinger
Genève/VaudFribourg. L'Association refaire l'école (ARLE) suit les traces des libéraux vaudois. Elle s'apprête à déposer son initiative sur le maintien des notes au primaire. La récolte influencera les débats des députés vaudois et fribourgeois. Avec un leitmotiv: nombre de parents ont l'impression que l'école est confisquée par les spécialistes
«Mercredi soir, nous vivrons surtout une assemblée de mobilisation.» Successeur de Jean Romain à la tête de l'Association refaire l'école (ARLE), François Truan est certain que le sujet principal de la réunion ne fera pas un pli. Regroupés dès leur fondation voici quinze mois contre la «rénovation» de l'école genevoise, les membres d'ARLE ne devraient pas hésiter à déclencher une récolte de signatures afin «d'inscrire dans la loi le principe d'attribution de notes annuelles à l'école primaire». A partir du dépôt de leur texte à la Chancellerie cantonale, ils auront quatre mois pour réunir un minimum de 10 000 paraphes, et c'est là que la mobilisation prend tout son sens. «Il y aura un sérieux effort à faire, à la fois financier et militant», prévient François Truan.
En s'avançant sur la voie de l'initiative, ARLE emboîte le pas aux libéraux vaudois. En mai 2001, ceux-ci avaient déposé 20 000 signatures pour la réintroduction des notes dès la 3e année primaire. «En mutation» sous le sigle EVM, l'école vaudoise ne connaît plus que des appréciations jusqu'à la fin de la sixième année et l'orientation dans des filières. Aux trois derniers degrés du secondaire, des «codes chiffrés» autrement appelés «notes sans moyennes» ont été réintroduit. Le Grand Conseil doit prochainement se prononcer en principe en février sur la proposition du Conseil d'Etat de renvoyer le scrutin populaire jusqu'à l'automne 2004.
L'initiative genevoise ne sera ainsi pas sans influence sur les débats du canton voisin. Parlementaire vaudois le plus engagé sur le sujet des notes, Jacques-André Haury affirme que ce n'est pas délibéré. «Je n'ai pas été consulté par les responsables d'ARLE, mais leur volonté d'agir nous renforce pour obtenir un vote cette année encore», estime-t-il. Il souligne que l'argument d'un isolement vaudois s'effondre.
A Genève, la préparation de l'initiative intervient dans un système en pleine interrogation. Cheffe de l'Instruction publique, Martine Brunschwig Graf a renoncé à généraliser les évaluations qui touchent 40% des élèves du second cycle primaire (de la 3e à la 6e). Une motion radicale a par ailleurs déclenché un intense travail de commission qui devrait se solder mi-février par un rapport. «J'attendrai ce rapport avant d'envisager tout projet de loi», souligne la conseillère d'Etat en «regrettant» une campagne d'initiative qui s'annonce alors que le parlement va se saisir de la question. «On nous balade depuis des mois avec un débat sans cesse reporté, il était temps de l'ouvrir pour de bon», rétorque François Truan. Rapporteur de la commission, le radical Jacques Follonier estime que la pression populaire «pourrait aider le débat parlementaire».
Dans les deux cantons, l'arme de l'initiative est principalement utilisée contre la tendance à la confiscation du débat scolaire par les pédagogues. «L'expertocratie a montré ses limites», dit François Truan en s'élevant contre l'absence d'objectifs annuels, et l'absence d'une vérification comprise par tous les parents sous forme de notes. Dans le canton de Vaud, on rappelle que si EVM a été une réforme largement acceptée par les citoyens dans sa volonté de remplacer une «année couperet» par un cycle de deux ans d'orientation, un sujet comme la suppression des notes a été le fruit de conclaves de spécialistes.
Troisième canton romand à connaître un débat sur les notes, Fribourg vit aussi un moratoire. Isabelle Chassot a renoncé, l'automne dernier, à élargir aux années 5 et 6 les évaluations existant de la 1re à la 4e. «Je veux savoir comment inscrire le changement dans un système cohérent», souligne-t-elle. Le rapport est attendu pour l'automne 2003 et le système complet devrait entrer en vigueur à la rentrée 2004. Dans l'intervalle, un postulat visant le maintien des notes a été déposé au Grand Conseil. Dans un canton félicité pour son école par le rapport PISA, la discussion des notes a toutefois une coloration moins idéologique que chez ses voisins.
Une forme de retour sur terre
par Laurent Busslinger
Commentaire
Comme la guerre est trop sérieuse pour être laissée aux militaires, l'école est trop publique pour être laissée aux pédagogues. Un peu à Fribourg, beaucoup à Genève et dans le canton de Vaud, les actions de parlementaires et les initiatives populaires le rappellent. A l'inverse de certaines initiatives fiscales, il n'y a pas d'effet de mimétisme dans ces interventions. Elles n'en partagent pas moins un but commun consistant à ramener à des réalités de terrain les envols par trop stratosphériques de divers plans de réformes. Il ne s'agit pas de mettre un citoyen sourcilleux derrière chaque bribe de programme, ni de figer la scolarité dans une forme de nostalgie, mais de s'assurer que l'évolution des formations se fasse selon des méthodes et à un rythme que la société digère. Si gouvernements et parlements le comprennent et trouvent des contre-projets équilibrés, ils seront d'ailleurs en mesure de s'éviter des désaveux.
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