Pour des structures
Enseignante, membre du comité d'initiative "Pour le maintien des notes à l'école primaire" et du comité de l'ARLE (Association Refaire l'Ecole), Muriel Joyeux estime que la suppression des notes et du doublement ne ferait que masquer les situations d'échec.
Interview publié dans GHI du 12 mars 2003
Propos recueillis par Jean-Pierre MATHYS
Quelles sont les raisons qui ont poussé l'ARLE à lancer une initiative pour le maintien des notes à l'école primaire ?
Muriel Joyeux: La rénovation de l'école primaire a commencé en 1994. Certains éléments contribuent à faire évoluer le système scolaire, mais nous nous opposons totalement à deux choses: la suppression des notes, et l'introduction des cycles d'apprentissage de 4 ans. Comme nous n'avons jamais pu être entendus par la DEP (Direction de l'enseignement primaire) dans le cadre de la réforme scolaire, comme le débat n'a jamais été démocratique, nous avons décidé d'agir, en le portant sur la place publique. Il faut savoir que, selon une étude du SRED (ndlr: Service de la recherche en éducation, décembre 2001), 90% des parents plébiscitent le système traditionnel des notes.
Concrètement, quels sont à votre sens les avantages des notes ?
La note assortie de commentaires est un point de repère important pour l'enfant. C'est un moyen simple et clair d'évaluer le travail d'un élève. C'est aussi un stimulus à l'effort. Elle peut marquer un progrès, c'est alors un encouragement. La note sert également de signal d'alarme en cas de problème, ce qui permet de réagir à temps. Beaucoup de psychologues l'affirment actuellement: I'enfant a besoin de cadres, de structures précises... Si l'école lâche ces structures, c'est la catastrophe !
Vous êtes également opposés au système des cycles d'apprentissage de 4 ans, prônés dans le cadre de la rénovation ?
Tout à fait. À force de laisser du temps au temps, on finit par augmenter les inégalités entre élèves, au lieu de les aplanir. En supprimant les notes et le passage certifié d'une année à l'autre, on ne supprime pas l'échec scolaire, on le masque seulement ! Tout le monde passe dans la classe suivante, personne ne double, mais les fossés s'agrandissent entre les élèves qui savent déjà se responsabiliser et les autres. Les retards s'accumulent, et le choc sera encore plus dur par la suite. Ce système est dangereux : certains de ces enfants pourraient être sérieusement handicapés plus tard !
Vous êtes donc pour le redoublement des clas-ses quand les notes sont jugées insuffisantes ?
Bien sûr, nous le revendiquons ! Des études ont montré que dans 76 % des cas, le redoublement d'une classe est positif. Il permet à l'élève de combler ses lacunes.
Vos adversaires vous accusent souvent d'être réactionnaires et conservateurs
C'est vrai, et cet argument est ridicule. L'école est de toute façon en constante évolution : simplement, nous ne préconisons pas le changement pour le changement ! Nous voulons maintenir le système actuel des notes avec commentaires, qui est encore appliqué dans 60% des écoles actuellement. Le SRED a fait une étude portant sur 4 ans (ndlr:"Le changement: un long fleuve tranquille", 1999). Il s'avère que les résultats des élèves étudiant dans des écoles rénovées sont dans l'ensemble moins bons que ceux des écoles traditionnelles.
Bon nombre d'institutrices et d'instituteurs estiment que la rénovation entraîne un surcroît de travail. Qu'en pensez-vous ?
C'est effectivement le cas. La rénovation est synonyme de "réunionnite" aiguë : tout cela prend du temps sur l'enseignement proprement dit.
Finalement, ce débat ne cache-t-il pas deux visions fondamentalement différentes de l'école ?
C'est exactement le cas. En ce qui nous concerne, nous souhaitons une école avec des structures et des programmes clairs et précis, et une promotion annuelle. La rénovation a été concoctée par les théoriciens de la Faculté des Sciences de l'éducation. Mais à notre sens, il y a un grand décalage entre ces théories, bien-pensantes, et la réalité. Elle tend sur certains points à déstructurer l'école.
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