L'initiative 121 pour des vraies notes :

"plus que jamais nécessaire"

  

Il y a quelques années le Département de l'instruction publique avait annoncé la suppression des notes à l'école primaire, ainsi que l'introduction de cycles d'apprentissage de 4 ans. La promotion serait automatique. L'ARLE a alors lancé l'initiative pour le maintien des notes à l'école primaire. Elle fut plébiscitée par 28'000 citoyennes et citoyens.

Le Département de l'instruction publique a rapidement compris qu'il ne pourrait pas faire l'économie du retour des notes et, à défaut de pouvoir les éviter, il a cherché le moyen de les dénaturer. Il a ainsi fortement contribué à la confusion des esprits qui règne au sein de la population.

Deux stratégies ont alors été développées :

1. Le DIP a imaginé changer la signification des notes, il invente les " fausses notes ".

Parmi tout ce que l'on a pu lire ou entendre, examinons le seul document officiel auquel il faut se référer, à savoir le règlement introduit à la hâte par Monsieur Beer, le 22 août 2005 .

Article 39, alinéa 7.

Au cycle moyen 1 et 2, les évaluations trimestrielles du travail personnel de l'élève ainsi que le bilan de fin de cycle font l'objet de commentaires et d'appréciations traduites en notes entières, allant de 1 à 6 ; celles-ci ne sont pas le résultat d'une moyenne.

Cette formulation ne vous paraît pas suffisamment claire ? Il existe des instructions internes reçues par les enseignants. Aidons-nous en pour déchiffrer l'article en question :

- Les travaux anciennement appelés " épreuves " ne seront plus notés. On se limitera à faire figurer les deux mentions " objectifs atteints " ou " non atteints ".

- Les résultats de ces travaux, appelés dorénavant " activités bilan " seront traduits, chaque trimestre, en une note allant de 1 à 6.

- Cette traduction n'est pas le fruit d'une moyenne. Elle se fait en fonction du " jugement professionnel " de l'enseignant. Malgré la bonne volonté et la conscience professionnelle des instituteurs, ce sont donc de fausses notes, largement sujettes à la subjectivité: elles n'ont nullement le sens que vous et moi leur donnons.

2. Le DIP a mélangé deux types d'évaluation.

Selon le règlement précédemment cité, cette évaluation trimestrielle est censée évaluer principalement " la progression de l'élève en référence aux objectifs d'apprentissage ". La progression ? Les enseignants ne comprennent pas tous cette formulation de la même manière et chacun d'eux fera en définitive comme il l'entend. Ce qui est certain par contre : c'est seulement au bout d'un cycle d'apprentissage de deux ans que l'évaluation réelle des acquis de l'élève intervient. Comment ? Par le biais des épreuves cantonales uniquement. Elles seules indiqueront ce que sait réellement l'élève, ce qu'il a alors objectivement appris.

Cette confusion est parfaitement voulue par le DIP. Cette façon de faire affaiblit toute certification sérieuse et contribue à masquer aisément l'échec scolaire pendant deux ans. Le flou ne s'arrête pas là. Face à l'incompréhension et au désarroi de nombreux enseignants, Monsieur Beer vient d'opérer une nouvelle virevolte. Il déclare dans la " Tribune de Genève " du 1er septembre : "Les tests réalisés en cours d'année pourront être sanctionnés par un total de points, une appréciation écrite et même une note. Exiger ou interdire les notes pour tous les tests est absurde".

Bref, au bout du compte, chacun peut faire comme bon lui semble. Pour le président du DIP, du moment que les apparences sont sauves, l'essentiel est préservé. Le carnet scolaire est en effet désormais le même pour tous et Monsieur Beer peut ainsi prétendre avoir rétabli l'uniformité, l'harmonisation, la sérénité, la confiance au sein de l'école primaire.

Les contorsions du DIP révèlent malheureusement le profond malaise dans lequel il se trouve. Le résultat ? Pour s'en sortir, les enseignants de chaque école vont devoir bricoler leur mode d'évaluation, de sorte que parents et écoliers se retrouveront très vite avec autant de pratiques différentes qu'il y a d'écoles.

Ajoutons que tout le système mis en place pour cette rentrée scolaire (coût annoncé : plus de 850'000 Frs) n'a jamais été testé et évalué, ni à Genève ni ailleurs dans le monde. Il a pour seul but de faire croire que de vraies notes seraient revenues et que l'initiative 121 pour le maintien des notes serait désormais inutile.

En conséquence nous appelons tous les citoyens qui ont signé notre initiative et plus généralement tous ceux qui pensent que l'école genevoise souffre de laxisme à ne pas se laisser bercer par l'illusion que le DIP et Charles Beer cherchent à imposer.

André Duval
Président de l'Arle

lettre publiée dans la Tribune de Genève, 14 octobre 2005