Le
premier engagement politique d'Alain Morisod
GENÈVE
La star des «Coups de coeur» pousse un gros coup de gueule
contre une société qu'il juge en constante contradiction
MICHEL JEANNERET
Le Matin
Dimanche, 26 août 2006
ALAIN
MORISOD Le musicien invite les Genevois à voter oui le 24
septembre au retour des notes à l'école, comme le
prévoient une initiative et son contre-projet. Photo ©
Salvatore Di Nolfi
«Les
notes, c'est simplement le bon sens.» Derrière ce slogan,
Alain Morisod (57 ans) s'engage politiquement pour la première
fois de son existence. Le musicien, qui est également l'homme le
plus connu des Romands, milite pour un double «oui»
à l'initiative de l'Association refaire l'école (Arle),
ainsi qu'à son contre-projet concocté par le Grand
Conseil. Un soutien de poids pour ces deux objets qui seront soumis au
peuple genevois le 24 septembre et qui, tous deux, demandent le retour
des notes à l'école.
L'initiative de
l'Arle - créée en 2001 - souhaite leur retour dès
la 3e primaire, ainsi qu'un frein aux innovations pédagogiques.
Les 320 membres de l'association estiment en effet que la
rénovation introduite progressivement dans le canton depuis 1994
est un échec.
Pour Alain
Morisod, qui milite aux côtés de personnalités
telles que le cuisinier Philippe Chevrier ou le footballeur
Gérard Castella, il s'agit d'un engagement exceptionnel.
«Je ne veux être associé à aucun parti
politique», souligne prudemment le musicien, lorsqu'on lui fait
remarquer que l'Entente bourgeoise est en faveur du retour des notes.
«Ce thème me tient à coeur, car il dépasse
le débat politique», précise encore Alain Morisod,
dont le coeur ne serait «ni à gauche, ni à
droite», mais avec «ceux qui partagent ses
idées».
Voilà qui
lui offrira quelques occasions d'argumenter. Car à
Genève, on trouve un certain nombre de personnes qui ne les
partagent pas. L'initiative de l'Arle et son contre-projet sont
combattus par la gauche, ainsi que par le Groupement des parents
d'élèves du primaire, pour qui un retour des notes aurait
pour conséquence «une immersion trop précoce dans
le monde de la compétition».
L'argument fait
bondir Alain Morisod: «Aujourd'hui, les jeunes se laissent
traiter comme de la merde et acceptent tous les classements dans des
émissions comme la «Star Ac'» et on vient nous dire
qu'il faudrait les préserver de la compétition? Nous
sommes en complète contradiction. Pourquoi devrait-on
préserver les jeunes, alors qu'il s'agit au contraire les
préparer à entrer dans une société
très concurrentielle?»
Peut-être
plus facile à dire pour quelqu'un qui avait des bonnes notes?
«Pas du tout! J'ai moi-même toujours passé à
la raclette et ça ne m'a pas traumatisé de voir qu'il y
en avait de meilleurs que moi. On fait fausse route: un classement n'a
jamais fait de mal à personne.»
Alain Morisod en
profite également pour dénoncer tout un système:
«C'est délirant! On veut aujourd'hui que les jeunes soient
des surdoués en tout et au final, on oublie de leur apprendre
à lire et à écrire correctement...»
Vous reprendriez
bien une petite tranche d'Alain Morisod? Ça tombe bien:
lorsqu'on lui tend le micro, le chanteur est intarissable: «A
Genève, les politiques du logement et des transports sont
aberrantes, chaque bonne idée est combattue par un
référendum.» Et de conclure, inspiré:
«Trop de démocratie tue la démocratie.»
Presque un
programme politique. Pour quelqu'un qui ne veut pas en faire, Alain
Morisod ne s'en sort pas trop mal. Une vocation serait-elle tout de
même en train de naître? «Ce qui est sûr, c'est
qu'il y aurait beaucoup de choses à faire et que notre
société manque cruellement de gens engagés.»
© Le
Matin
Online
http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/le_premier_engagement.html
«Arrêtons
d'élever les gosses dans un cocon !"»
«Les
notes, c'est juste un slogan»
ALAIN MORISOD Le musicien défend le retour des notes à
l'école, mais veut surtout élever le débat
XAVIER LAFARGUE
Le
Matin, 29
août 2006
Photo © Eric Aldag
Le
retour des notes à l'école primaire divise les
Genevois. Le 24 septembre prochain, ils voteront sur ce sujet
brûlant, qui agite aussi bien les spécialistes que les
politiques. Dans ce concert particulièrement discordant, le plus
populaire des musiciens romands, Alain Morisod, 57 ans, joue sa
partition publiquement en étalant ses convictions via une
campagne d'affichage. Mais derrière son double «oui»
en faveur des notes, l'homme des célèbres «Coups de
coeur» souhaite un retour des vraies valeurs chez les jeunes.
Lesquelles?
Alain
Morisod, un musicien qui prône le retour des notes,
ça peut faire sourire...
Au contraire, le
sujet est très sérieux. Pour moi, la
note demeure la seule façon d'évaluer correctement le
travail de quelqu'un.
Et
l'appréciation, alors?
Elle est
complémentaire, mais l'une ne va pas sans l'autre.
Mais
que savez-vous des nouvelles techniques d'apprentissage scolaire,
la rénovation par exemple?
Je ne connais
pas tout, c'est évident. Mais j'ai des amis qui
ont des enfants à l'école et qui me disent que ça
ne joue pas. Je constate que depuis quinze ans, l'école
genevoise est taxée de mauvaise école. Alors il n'y a pas
besoin d'avoir fait Harvard pour comprendre qu'il faut revenir à
un système qui fonctionnait mieux.
La
note, disent certains spécialistes, accentue la
compétition entre les élèves...
Et alors? La
note, c'est simplement le jeu de la vie. Mais il faut
élever le débat. Aujourd'hui, au nom de
l'égalité des chances, on met les gamins dans un cocon.
Celui qui est en échec, on le repêche. L'école
essaie d'aplanir toutes les différences. Pour moi, on fait
fausse route.
Pourquoi?
Parce que leur
différence, les enfants la prendront en pleine
gueule plus tard, quand ils arriveront dans la vie sociale, où
un employeur choisit toujours le meilleur! L'école ferait mieux
de donner aux élèves l'envie de faire quelque chose,
plutôt que d'essayer de faire de tous les gosses des
surdoués!
Vous
étiez un élève très moyen dans une
école privée genevoise...
Oui, mais j'y ai
appris la base: lire, écrire et compter. C'est
essentiel, et pourtant ça se perd...
Vous
n'avez pas souffert de la comparaison avec les bons
élèves?
Non, et mon
niveau ne m'a jamais empêché de parler avec le
premier de classe! En revanche, j'ai découvert à
l'école des valeurs qui me plaisent toujours.
Lesquelles?
La
civilité, la loyauté, le respect sous toutes ses
formes. Le respect des règles du jeu. De la sanction de la note
s'il y a échec; le respect du maître d'école; celui
de la parole donnée; le respect, aussi, de la différence
entre les enfants. Ces valeurs se perdent chez les jeunes, qui sont
capables aujourd'hui de faire n'importe quoi pour se fondre dans le
moule, pour ne pas être rejetés par les autres. Même
dans la violence, ils ne sont plus loyaux, quand ils tombent à
plusieurs sur un seul.
Là,
on s'écarte du débat sur le retour des notes
à l'école...
Le
«oui» aux notes, c'est juste un slogan. Mais c'est aussi
un symbole. Accepter le retour des notes, c'est accepter d'être
ce que l'on est, que l'on soit bon ou moins bon. Accepter sa
différence. Accepter l'échec. Cela dit, j'ai une tonne
d'exemples de mauvais élèves qui ont réussi leur
vie!
Et
vous, si vous aviez des enfants aujourd'hui, vous les mettriez
à l'école publique?
Pas sûr.
J'ai trop de bons souvenirs de mon passage à
l'école privée...
© Le Matin
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