Il y avait des notes, puis des appréciations. Aujourd'hui, des commentaires. Et demain, plus rien?
Par Sonia Arnal, in L'Hebdo, 19 décembre 2002)
" Quand j'écris que "la maîtrise de la numérotation de 0 à 10 est partielle", je ne suis pas sûre que les parents comprennent que leur enfant ne sait toujours pas compter et qu'il s'agirait qu'il se secoue un peu", explique une enseignante vaudoise. Il fut un temps (béni?) où les enfants avaient des notes. La chose n'était certes pas parfaite, mais avait le mérite d'une certaine clarté pour les bambins et leurs parents.
Depuis l'introduction d'EVM (Ecole vaudoise en mutation), les notes ont été remplacées par des "évaluations": ce qui compte, c'est la progression de l'élève par rapport à lui-même et sa maîtrise plus ou moins grande d'un certain nombre d'objectifs, le tout signifié par des LA (largement atteint), EVA (en voie d'acquisition) et autres NA (non atteint). "Mais depuis la rentrée, on nous a demandé de ne plus utiliser ces appréciations sur les travaux des élèves de la première à la quatrième primaire, raconte une enseignante lausannoise. A la place nous faisons un commentaire." Désormais, certains parents reçoivent donc des sporadiques "travaux significatifs" assortis d'une ou deux phrases au mieux très floues, au pire rédigées dans un jargon pédagogiste incompréhensible.
Au Département de la formation et de la jeunesse, on dit dans un premier temps ne pas être au courant de cette évolution. Renseignements pris, "il n'y a pas eu de directives écrites qui obligent à ce changement, précise Cilette Cretton, directrice générale adjointe au DGEO (Direction générale de l'enseignement obligatoire). Simplement, on a rendu les enseignants attentifs au fait qu'il fallait privilégier le commentaire pour éviter que les parents ne soient tentés de convertir les appréciations en notes ou de faire des moyennes." Mauvaise communication ou zèle stakhanoviste, bien des enseignants en tout cas ont compris qu'il s'agissait sans plus tarder de déposer le crayon rouge pour se lancer dans l'art subtil du haïku scolaire. On évite ainsi aux parents la tentation, peu EVM-compatible, de déterminer si leur enfant est dans le premier, le deuxième ou le troisième tiers de sa classe. C'est pourtant la seule information importante pour le futur scolaire et professionnel des bambins...