BATAILLE DES NOTES A L'ECOLE - Les «oui-oui» contre les «non-non»

Par François Baertschi, GHI, 31 août 2006

Philippe Chevrier, le grand cuisinier genevois, s'engage comme d'autres personnalités en faveur des notes à l'école. (Photo Aldag)
Derrière la votation sur les notes au primaire, se trouvent deux visions de l'enseignement. Faut-il suivre les pratiques éprouvées ou écouter les belles théories?

Ce débat politique n'était possible qu'à Genève. Le 24 septembre prochain, les électeurs du canton diront s'ils veulent que les notes soient inscrites dans la loi, en votant oui à l'initiative de l'ARLE (Association Refaire l'Ecole) et au contre-projet du Grand Conseil. Ou alors, ils voteront non pour donner l'entière liberté au Département de l'instruction publique d'inventer de nouveaux systèmes d'évaluation ou des réformes mitonnées par des experts ès pédagogie.

Lourd héritage

Genève a eu le privilège - parfois dangereux - d'être la patrie des grands théoriciens de la pédagogie. On peut remonter au grand Jean-Jacques Rousseau qui a théorisé de grands principes éducatifs dans son «Emile» tout en abandonnant ses propres enfants à l'assistance publique... Belle cohérence! Plus récemment, Genève a accueilli de grands pédagogues comme Claparède, aujourd'hui surtout connu pour la place qui porte son nom. Jean Piaget a eu son heure de gloire dans les années 1960-70, initiant une faculté de psychologie et «sciences» de l'éducation qui a créé des légions de théoriciens. Au fil des années, dès l'époque d'André Chavanne, le regretté et sympathique président de l'Instruction publique, Genève est devenue un laboratoire pédagogique qui a développé les expérimentations dans certaines écoles. Plus récemment, le français, les maths et les autres matières ont été «rénovées». Comme si ces matières étaient tombées en ruine, à l'image de Pompéi.

Résistance

«En novembre 2001, un petit groupe d'enseignants inquiets par ce qu'ils voyaient dans les écoles a créé l'ARLE», rappelle André Duval, président de cette association. «L'école était vraiment malade. Nous assistions à la destruction de tous les cadres et références pour les élèves, ce dont ils ont besoin.» C'est ainsi que l'évaluation n'était plus notée précisément. Elle devait être remplacée par des évaluations plus ou moins précises, qui peuvent donner lieu à tous les malentendus avec les parents. «Nous avons assisté à la destruction de toutes les matières. La réforme dans l'évaluation (réd.: notes ou commentaires de l'enseignant) est allée tellement loin, qu'il était même question de la supprimer», témoigne Muriel Joyeux, membre du comité de l'ARLE.

La peste et le choléra...

Si l'ARLE s'est formée, c'est parce que ces enseignants n'ont pas été entendus auprès du syndicat des instituteurs, la Société Pédagogique Genevoise (SPG). Cette dernière a toujours eu tendance à s'aligner sur la politique du DIP (Département de l'Instruction Publique), comme de bons petits soldats. La SPG n'a jamais contesté ces réformes et elle prend position dans la votation du 24 septembre pour le double non, en disant que c'est «choisir entre la peste et le choléra». En dignes enfants de Piaget et des grands pédagogues genevois, la SPG défend les réformes et la «rénovation» de l'école primaire.

Et les passions arrivent

Le groupement des parents d'élèves du primaire (GAPP) se prononce également contre l'initiative de l'ARLE avec le slogan Touche pas à mon école, pour une école juste et non juste une école . Dans un argumentaire incomplet et contradictoire, publié sur son site internet, le GAPP affirme qu'il faut voter deux fois non, si l'on en faveur des notes!!!

Pourtant, la question posée est simple. Etes-vous favorable oui ou non à des notes qui évaluent clairement l'acquis des écoliers?

Mais cette interrogation élémentaire est déformée au fil du débat. Les émotions des divers intervenants, les conflits politiques enflammés démontrent que cette simple votation a une valeur bien plus fondamentale.

Pratique ou théorie

D'un côté, on trouve l'ARLE et les partisans du oui qui estiment que la pratique (le travail de l'enseignant) l'emporte sur la théorie des «pédagogistes». De l'autre côté, la hiérarchie du DIP et les partisans du non pensent que la théorie pédagogique l'emporte sur la pratique des enseignants.

Ce sont deux visions du monde. Il est juste dommage que l'on n'ait pas su élever le débat à ce niveau.


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