La Finlande et les autres pays scandinaves : quelles leçons ?  

 

 

Introduction
a.
Finlande
b.
Suède
c.
Norvège
d.
Danemark
Conclusion

 PISA 2003 : Norvège - Finlande; deux articles intéressants

Quelques informations supplémentaires sur la Finlande

 

Introduction

" La question que l'on ne peut éviter de se poser est celle de l'influence des différentes façons de gérer les parcours scolaires et les différences individuelles d'aptitude sur le rendement du système éducatif.

Il serait certes simpliste, péremptoire et hasardeux d'affirmer un lien de causalité directe entre l'organisation du parcours de l'enseignement obligatoire et le rendement scolaire global. On ne peut non plus envisager d'expliquer le rendement scolaire par une seule variable, même aussi complexe que l'organisation du système scolaire. Les pratiques pédagogiques utilisées (favorisant par exemple la compétition ou la coopération), les dispositifs d'évaluation des élèves (privilégiant ou non l'évaluation formative), les moyens mis en place pour différencier l'enseignement sont autant de variables qui jouent un rôle dans l'acquisition des savoirs scolaires.

Au vu des résultats obtenus dans l'enquête PISA, l'exemple des pays nordiques semblerait indiquer la voie à suivre. Mais peut-on tirer parti des comparaisons en matière d'éducation pour imposer une réforme du système scolaire à une communauté éducative qui n'adhère pas aux fondements culturels et idéologiques qui la sous-tendent ? Autrement dit, peut-on imposer la structure unique et la promotion automatique jusqu'à 15 ans (car c'est de cela qu'il s'agit) dans des pays comme le nôtre ? "

Marcel Crahay et Arlette Delhaxhe, professeur aux universités de Liège et de Genève et directrice scientifique de l'université européenne Eurydice.( Mensuel " Sciences humaines, octobre 2003)

Il nous paraît intéressant de nous pencher sur les systèmes scolaires appliqués dans les pays les mieux classés à PISA (en lecture et en mathématique), en premier lieu dans les pays scandinaves, et principalement en Finlande qui sort en tête dans cette enquête.

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a. Finlande

(1ère en lecture à Pisa, à noter que Fribourg et le Valais obtiennent pratiquement le même score !)

Soulignés par la désormais fameuse étude PISA (Programme International du Suivi des Acquis des élèves), les excellents résultats de la Finlande découlent d'une politique de l'éducation poursuivie avec obstination et clairvoyance depuis trois décennies. Une prime à la durabilité de l'action politique, en quelque sorte.

La Finlande a obtenu les meilleurs résultats de l'étude PISA (n°1 en lecture, 3ème en sciences et 4ème en math, à noter que la Suisse s'est classée 3ème en math, soit devant la Finlande !) comparant les compétences scolaires des élèves de 15 ans dans 32 pays de l'OCDE.

Notons d'emblée que cet excellent résultat en lecture est certainement à mettre en relation au fait que les familles finlandaises doivent apprendre la lecture à leurs enfants avant que ceux-ci n'entrent à l'école obligatoire (à 7 ans). C'est une situation unique, en tout cas en Europe, sinon dans le monde, et cela donne un avantage d'entrée très important à la Finlande.

Tous les élèves suivent la même filière de base durant neuf ans ( soit jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire à 15 ans). Les notes apparaissent en 7e. En principe, il n'y a pas de redoublement.

Les établissements bénéficient d'une grande autonomie. Des évaluations régulières nationales sont mises en place (2 tests par année scolaire, nécessité de programmes semestriels clairs, précis et communs à tout le pays, les établissements doivent répondre de leurs résultats) pour mettre à nu les établissements défaillants qui reçoivent immédiatement un appui. Les élèves en difficulté reçoivent aussitôt une aide individuelle et ciblée.
Les écoles jouent le jeu. Chaque établissement a connaissance de ses propres performances et, pour s'y référer, de la moyenne nationale. Après les tests, des ressources peuvent être soustraites aux meilleures écoles pour être réallouées aux moins bonnes. Une admirable démonstration de civisme finlandais : les enseignants genevois feraient-ils de même ? Et serait-ce accepté par la population ?
L'ambition de concilier des exigences élevées avec l'égalité des chances est poursuivie de façon importante : les effectifs des classes sont modestes (jusqu'à 20 élèves); deux maîtres se partagent la classe grâce à la présence fréquente d'assistants; le travail par petits groupes respectant les différents rythmes d'apprentissage des enfants est la règle. Et surtout, les écoles finlandaises organisent un appui individualisé pour tous les élèves en difficulté. Une gageure d'autant plus grande que la part des enfants recourant à ces soutiens augmente (en moyenne 17% l'an dernier à Helsinki). Même les cas "impossibles", comme dit un recteur, sont pris en charge à l'intérieur de l'école par des maîtres spécialisés. " Sans cette aide, les élèves en difficulté n'atteindraient pas les objectifs " (Jukka Sarjala, Président de l'Office central de l'enseignement à Helsinki).


Les conditions de possibilité d'un tel système


a) Budget

Une politique cohérente et durable qui attribue à l'éducation et à la recherche le rang de priorité nationale. Les budgets dévolus à ces tâches sont en tête des comparaisons internationales, et ils ne cessent de croître. Cela suppose des moyens importants : donc aucune économie dans l'éducation. "Pour un peuple isolé par la géographie et une langue imperméable, l'éducation est une condition de survie", justifie Jukka Sarjala, le président de l'Office central de l'enseignement à Helsinki (OCE).


b) Culture
" La Finlande ne peut pas se permettre d'avoir des jeunes sans avenir. Notre population vieillit et nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Car qui veut venir travailler sous nos latitudes, à la périphérie de l'Europe, avec nos hivers froids et sombres ainsi que notre langue impossible? Toutes nos forces vives comptent. " (Jukka Sarjala).
La population finlandaise en a parfaitement conscience, elle a développé une sorte de " culture des études " et ceci dès la prime enfance. La lecture fait partie de la culture familiale et les enfants savent pratiquement tous lire à leur entrée à l'école obligatoire.
En Finlande, le facteur humain est décisif, les écoles et leur personnel sont responsabilisés au maximum. La confiance est soignée en même temps que les exigences sont élevées: les politiciens n'insultent jamais "l'école" publiquement, et le professionnalisme de ses serviteurs est une vertu cardinale. Les enseignants y jouissent d'un respect absolu.


c) Immigration
Le peuple finlandais est culturellement homogène, ce qui aide énormément. Le taux d'étrangers est très bas (2 %) et une partie d'entre eux est constituée de suédophones.
Remarque :
Aussitôt " l'école de base " achevée, la sélection rattrape les élèves. L'accès aux lycées, puis à l'université, donne lieu à une compétition nationale drastique.


Constatations


A la lumière de ce qui précède, on se rend à l'évidence : les conditions requises pour l'application d'un système scolaire à " la finlandaise " n'existent pas plus à Genève qu'en Suisse . Ni les budgets, ni le " goût des études " (développé par " obligation " au vu de l'isolement de la Finlande), ni le taux d'immigration ne sont comparables avec la réalité genevoise.
Jukka Sarjala, Président de l'Office central de l'enseignement à Helsinki, en est parfaitement conscient et précise bien :


Il n'existe pas un modèle finlandais, qui serait exportable, par exemple en Suisse.
Ce qui a réussi en Finlande ne doit pas forcément marcher ailleurs. Chaque pays doit développer son système éducatif selon ses traditions et ses contraintes
.

(Propos recueillis par F. Modoux " Le Temps", 26 mars 2002, entretien avec Jukka Sarjala)

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b. Suède

(9ème à 30 points de la Finlande et à 22 points de la Suisse en lecture à PISA, derrière Fribourg et le Valais)

Enseignement obligatoire de 7 à 16 ans.
Le découpage de l'année est fait en semestres avec des examens semestriels. L'évaluation repose sur des " points de connaissance requis " (sortes d'unités de valeur).
(Les systèmes éducatifs européens, Jacques Pouyaud, enseignant et consultant européen)


Étapes de la scolarité


La scolarité obligatoire s'étend sur 9 années à partir de l'âge de 6 ou 7 ans selon le voeu des familles.
Au stade préscolaire, dès l'âge de 18 mois, les enfants peuvent être accueillis dans de multiples institutions, qui sont surtout des garderies ou des centres de loisir ayant des horaires très variables pour répondre aux besoins des parents. Leur mission essentielle est de favoriser la socialisation sans rupture avec le milieu familial.
Toute la scolarité obligatoire est couverte par l'école de base (Grundskola). Elle comprend trois niveaux (inférieur, intermédiaire et supérieur), chacun de trois ans, sans une coupure comparable à celle entre un cycle primaire et un premier cycle du secondaire. Toutefois un même maître enseigne toutes les matières dans les deux premiers niveaux alors que dans le troisième interviennent plusieurs enseignants.
Le programme d'étude met l'accent à la fois sur l'acquisition des connaissances de base et sur le développement personnel et social. Il est commun jusqu'à la huitième année, à partir de laquelle des options facultatives, en particulier de langues étrangères, sont offertes à raison de trois ou quatre périodes par semaine.

Il n'y a pas de notation chiffrée avant la huitième année ; chaque élève bénéficie au besoin de cours de rattrapage. Mais il est prévu de standardiser les évaluations du niveau supérieur et d'introduire auparavant des tests nationaux pour que le certificat de la fin de la scolarité obligatoire soit délivré selon des critères plus fiables.


Tendances et enjeux


La démocratisation de l'enseignement par l'égalité des chances constitue depuis 1930 la priorité du Parti social-démocrate. Mais au seuil des années 1980, celui-ci a commencé à s'interroger sur l'efficacité du système surtout pour ce qui est des résultats des élèves jugés très insuffisants.
La nouvelle loi sur l'éducation a apporté des changements radicaux: décentralisation, liberté de choix de l'établissement par les familles, évaluations systématiques des élèves, possibilités accrues de développement du secteur privé. Bons d'étude.
L'avenir permettra de savoir si ces mesures annoncent l'abandon d'ambitions maintenant considérées comme des illusions, ou seulement le passage à des vues plus réalistes sans remise en cause des priorités antérieures.

Constatations.

Le système scolaire suédois se rapproche de celui de la Finlande et pourtant il laisse entrevoir une efficacité toute relative : son résultat à PISA le place nettement en-dessous de la Finlande et plus près de la Suisse.

 

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c. Norvège

(13ème à PISA, à 11 points de la Suisse, largement derrière Fribourg et le Valais)

Enseignement obligatoire


L'enseignement est obligatoire en Norvège depuis plus de 250 ans. De 1889 à 1969, le cycle minimum a été de 7 ans, pour passer à 9 ans en 1969. Le Storting (Parlement) a décidé que le premier âge scolaire serait abaissé à 6 ans (contre 7 précédemment) et que le cycle obligatoire serait de 10 ans à partir du 1er juillet 1997.
Le cycle obligatoire de 10 ans est organisé en trois phases :
* Cycle élémentaire (4 premières années)
* Cycle moyen (5e à 7e année)
* Collège (8e à 10e année)
L'habitat norvégien est souvent dispersé, et de nombreuses écoles sont de très petite taille. Ces dernières ont généralement si peu d'élèves que des enfants d'âges différents se trouvent réunis dans une même classe, une situation que l'on retrouve dans la moitié des écoles du pays. Par ailleurs, de nombreux établissements organisent l'ensemble du cycle scolaire (élémentaire, moyen et collège).


Constatations


Comme pour la Suède, le système norvégien, bien que relativement semblable à celui de la Finlande, montre ses limites.
Ceci malgré le gros budget consacré à l'éducation (7,6 % du produit national brut contre 4,9 % pour la moyenne des pays de l'OCDE, 1995)


" La faillite de l'école norvégienne est devenue évidente. Elle ne s'explique pas par une baisse des budgets alloués à l'instruction publique, mais par la généralisation de principes pédagogiques erronés qui ont mené au laxisme et à la nonchalance. Parce qu'ils ont observé un silence complice sur cette évolution, les politiciens les plus en vue et les leaders des syndicats enseignants en sont largement responsables. "


Telle est l'opinion du Dr. Alfred Ostedal Telhaug, professeur ordinaire à l'Université de Trondheim.(journal Aftenposten, 20 septembre 2003)

 

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d. Danemark

( 16ème à 3 points de la Suisse à PISA)

De 7 à 17 ans un établissement unique accueille les élèves (Folkeskole). Ni notes ni redoublements jusqu'à 15-16 ans. Cela ne satisfait pas tout le monde, élèves inclus. (Jacques Pouyaud, enseignant et consultant européen, " Les Systèmes éducatifs européens ")


Ecole primaire et secondaire


Au Danemark, l'instruction est obligatoire de 7 à 16 ans. 90% des enfants environ sont élèves de l'enseignement public et suivent l'enseignement dispensé par la "Folkeskole" qui regroupe l'enseignement primaire et le premier cycle de l'enseignement secondaire. Les élèves sont placés sans distinction de niveaux dans des classes où ils resteront pendant les 9 années de scolarité.
Chacune des 275 communes danoises est propriétaire et gestionnaire de ses écoles primaires. La législation prévoit une importante participation des associations de parents d'élèves aux décisions concernant ces établissements.
Il n'existe à la Folkeskole aucun examen de passage d'une classe à l'autre. Les élèves ont la possibilité de passer des épreuves de sorties facultatives, qui sont déterminantes en cas d'orientation vers le lycée.


Constatation


Encore une fois, force est de constater que le système scolaire appliqué par les pays scandinaves n'est pas forcément une garantie de réussite. Le Danemark se trouve à égalité avec la Suisse, loin derrière Fribourg et le Valais (en lecture, rappelons que pour ce qui est des maths, la Suisse se situe en 3ème position).

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Conclusion

On s'aperçoit facilement que les résultats obtenus à PISA sont dus à de nombreux facteurs et que ce n'est en aucun cas la durée des cycles ou le mode d'évaluation qui en sont responsables. Si la Finlande arrive en tête, avec un système en cycles et une évaluation sans notes certificatives, on trouve en queue de classement à PISA le Portugal, qui procède par cycles avec passage quasi automatique. Or, Fribourg et le Valais obtiennent pratiquement l'égalité avec la Finlande alors que ces cantons utilisent un système totalement opposé (échéance annuelle et notes). Les très importants particularismes de la société finlandaise empêchent d'imaginer qu'elle puisse servir de modèle à la Suisse, en particulier à Genève.

En ce qui concerne la Suisse, le fait qu'elle se classe en 3ème position en mathématiques démontre que notre système scolaire n'est pas si mauvais. Le problème en lecture se situe probablement dans les contenus des programmes, dans les méthodes d'enseignement de la langue première, et surtout dans la rigueur et les exigences que l'on requiert dans les différentes matières enseignées.

Bref, il n'existe pas de modèle scandinave pour Genève. Par contre, on est en droit de penser que les réussites fribourgeoise et valaisanne, comparées aux résultats suisses, sont dues avant tout au maintien de davantage de rigueur et d'exigences ; notre Département de l'Instruction publique aurait tout à gagner de s'en inspirer.

 



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 PISA 2003 : Norvège - Finlande; deux articles intéressants

 

1. Les résultats du test PISA 2003 qui viennent d'être présentés ont déçu les Norvégiens. Dans un article du journal d'Oslo, Aftenposten (7.12.04) intitulé: " Les réformes de l'école ont donné trop de responsabilité aux élèves, on peut lire notamment les déclarations de deux personnalités centrales de l'école norvégienne.