" Notes à l'école: enquêtes divergentes, qui a raison? "

 

Lettre ouverte aux parents d'André Duval, publiée dans la Tribune de Genève du 11 décembre 2002.

 

Votre enfant fréquente l'école publique ? Alors vous avez reçu le récent journal de l'Enseignement Primaire " Correspondance ". On y découvre le résultat d'un sondage effectué auprès des parents et des enseignants. Il y est question de la nouvelle évaluation que le Département de l'Instruction Publique cherche toujours à généraliser à toutes les écoles du canton malgré les oppositions de plus en plus claires et de plus en plus fondées.

Or donc, vous, parents, semblez être globalement tous satisfaits, voire très satisfaits de cette nouvelle manière d'évaluer vos enfants ! C'est en tout cas le constat qui émane de ce sondage.

Mais chacun sait qu'on fait dire ce qu'on veut à un sondage. Il suffit pour cela d'interroger les bonnes personnes et de poser les bonnes questions. En l'occurrence, il faut savoir que cette enquête émane en fait du " Groupe de suivi du nouveau dispositif d'évaluation ", des gens évidemment tout acquis à la nouvelle évaluation sous forme de commentaires.

Les questions du sondage portaient toutes sur ce type d'évaluation, sans laisser le moindre choix de réponse en faveur d'une autre perspective. Aucune possibilité donc d'affirmer sa préférence éventuelle, on s'est bien gardé d'offrir cette opportunité. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui scieraient la branche sur laquelle elles sont assises ?

Soyons sérieux. Ce résultat est d'autant plus bizarre qu'il est diamétralement contraire à celui publié par le Service de la recherche en éducation du Département de l'instruction publique (SRED, décembre 2001), un organe plus crédible que le groupe précité. La réalité apparaissait clairement dans cette étude : 90% des parents interrogés ( 872 " répondants représentatifs de la population ") demandaient le maintien " des notes, assorties de commentaires ".

Alors quoi ? Les parents sont-ils des girouettes ? Ils ne savent pas ce qu'ils veulent ? Mais de qui se moque-t-on ? Une fois encore de vous parents d'élèves !

 

André Duval

Enseignant du primaire

membre du comité d'initiative

  


 Non aux notes à l'école!

En réponse à la lettre d'André Duval, parue le 11 décembre dans ce journal (Tribune de Genève).

 

Genève, 17 décembre.- La mutation de l'école primaire est réelle. Le métier d'instituteur évolue, et gagne toujours plus en qualité. La nouvelle évaluation des élèves, utilisée en division élémentaire et dans les écoles en projet, reflète bien ce gain. Cela est démontré par le haut degré de satisfaction, indéniable, des parents et des enseignants qui ont testé cette évaluation sans notes. Alors, pourquoi ne pas leur faire confiance? Pour quelle raison des voix, minoritaires, s'acharnent-elles à réclamer le maintien des notes? Les nostalgiques de la note ont peut-être de la peine à imaginer autre chose que ce qu'ils ont vécu eux-mêmes, et reculent devant l'inconnu. Cette attitude dévalorise la profession. L'école primaire est bien trop importante pour que l'on tente encore de reléguer l'enseignant à un rôle d'exécutant. (...)

Toutefois, l'école ne peut pas se contenter d'un constat empreint de fatalisme, et attendre que le changement s'opère pour ainsi dire naturellement (quand les élèves évalués sans notes seront eux-mêmes devenus professeurs convaincus du bienfondé de cette méthode). Si j'osais, je ferais le parallèle avec les enfants battus. Lorsque l'on sait que les enfants violentés par leurs géniteurs ont de grands risques de devenir à leur tour des parents qui frappent, on appréhende différemment la maltraitance. Il n'y a pas de bonne gifle, et la note juste n'existe pas. Nous avons tous souffert, à des degrés divers, du système injuste des notes, et, sous prétexte que nous y avons survécu, nous devrions l'infliger à nos propres enfants, élèves? J'espère bien que non! et que nous tous, citoyens, parents, grands-parents, enseignants, veillerons à défendre une école où qualité, réflexion, action et évolution sont intimement liées.

 

Olivier Baud, président de la Société pédagogique genevoise