(titre de l'ARLE)
A propos des risques de dérives élitistes des nouvelles pédagogies, nous citons ici deux extraits de texte de Philippe Perrenoud.
" Comment l'évaluation, qui vise à estimer le degré de maîtrise de la culture scolaire atteint par un élève peut-elle être en tant que telle génératrice d'inégalité ? Certes, si l'école ne cherchait pas à savoir dans quelle mesure elle réussit dans son entreprise d'inculcation, l'inégalité de maîtrise ne serait pas constatée. Elle n'en serait pas pour autant supprimée, et n'en porterait pas moins des conséquences, même si elles sont à plus long terme et d'une autre nature que les effets immédiats d'une inégalité reconnue par l'école elle-même. Dans les systèmes d'enseignement où l'on a renoncé à mettre des notes dans l'enseignement élémentaire, où tous les élèves sont promus quasi automatiquement d'un degré à l'autre, les inégalités d'apprentissage subsistent et se manifestent lors de la première évaluation comparative, qui fonde une sélection d'autant plus sévère qu'elle substitue une opération ponctuelle à un lent processus de valorisation ou de dévalorisation scolaire d'un élève. "
Ph. Perrenoud, L'Evaluation est-elle créatrice des inégalités de réussite scolaire ?
In Cahiers du service de la recherche sociologique, cahier n° 17, août 1982, pp. 12-13
II
(Présentation d'un chapitre )
" Le chapitre 3, Les pédagogies nouvelles sont-elles élitaires ? Essai sur les contradictions de l'école active, avance une hypothèse qui peut choquer : les pédagogies les plus avancées peuvent, plus que les pédagogies traditionnelles, favoriser les favorisés. Parce qu'elles relèvent d'une idéologie plus proche des nouvelles classes moyennes que des classes populaires; parce qu'elles mettent en place une " organisation invisible ", selon l'expression de Bernstein, plus difficile à décoder que les règles traditionnelles; parce qu'elles refusent souvent l'évaluation, contribuant à accumuler des inégalités peu réversibles; parce qu'elles valorisent un rapport désintéressé au savoir; parce qu'elles mettent l'enfant au centre du monde; parce qu'elles mêlent le travail et le jeu; parce qu'elles privilégient les apprentissages fondamentaux les moins faciles à organiser et à apprécier. Le recours aux pédagogies nouvelles est indispensable pour qui veut uvrer à la démocratisation de l'enseignement public ; il importe donc d'analyser et de neutraliser leurs dérives élitistes. "
Ph. Perrenoud, La pédagogie à l'école des différences, ESF éditeur, Paris, 2e édition 1996, p. 31