28000 citoyens ouvrent la voie
Le comité de l'initiative " Pour le maintien des notes à l'école primaire " vient de déposer au Service et élections de la République et canton de Genève 28012 signatures. Ce score record démontre une volonté bien affirmée de nos concitoyens.
Merci à toutes les personnes de tous âges et de toutes tendances politiques qui, en signant, avaient parfaitement conscience de l'importance du sujet. Ils ont compris à quel point le débat a été censuré jusqu'à présent. Tous ces gens partagent les préoccupations de notre association et sont inquiets face à l'évolution prise par l'école genevoise ces dernières années. Voilà trop longtemps que, dans les faits, le niveau des exigences a baissé, ce qu'illustrent notamment les épreuves communes de 6ème primaire, en français et en mathématique. Elles sont, année après année, de moins en moins exigeantes, tant dans ce qui est demandé aux écoliers que dans les barèmes d'évaluation qui sont appliqués.
C'est là le résultat d'une école " idéologique " que certains pédagogistes utopiques ont mis patiemment en place au fil du temps. Cette école prétend lutter contre l'échec scolaire alors qu'elle ne fait que le cacher. Elle remplace la pédagogie de la transmission des savoirs par une idéologie qui réduit les problèmes intellectuels, culturels ou scientifiques au seul problème social. Malgré ce qu'en pensent ses ardents défenseurs, cette école est une école élitiste. En effet, du fait qu'elle instaure de trop longs cycles d'apprentissage, les enfants d'origine socioculturelle modeste ont beaucoup moins de chance de prendre " l'ascenseur " que ceux issus de milieux plus favorisés. Ceux-ci bénéficient de toutes sortes d'aides extérieures à l'école et peuvent ainsi combler les lacunes qui risquent de s'accumuler durant ces longues années. Cette école va en réalité à l'encontre du principe de l'égalité des chances qu'elle est pourtant tenue d'offrir à chacun.
Ce qui nous sépare fondamentalement des rénovateurs qui veulent réorganiser les apprentissages en cycles de quatre ans, c'est la conception même de l'école. Quelle instruction a-t-elle le devoir de dispenser ? Quelle idée se fait-on de l'égalité des chances ?
Il est grand temps de revenir sur terre et d'instaurer une vraie école républicaine, celle qui instruit en premier lieu. Tout doit être mis en uvre pour offrir à nos élèves une institution qui leur permette d'acquérir, pas à pas, les connaissances de base dont ils ont besoin et qui leur permettront de se construire et de bâtir leur avenir. Pour se développer harmonieusement les enfants ont besoin de cadres relativement structurés et de références claires : à l'école et à la famille de les leur procurer.
Les très nombreux signataires de l'initiative en sont bien conscients. Ils ont largement fait comprendre combien ils exigeaient une école de qualité. Ils savent que ce n'est pas en introduisant une évaluation pour le moins floue et subjective ni en instaurant des cycles d'apprentissage de quatre ans, que nous y parviendrons.
Dans cette optique, nos élus politiques devraient comprendre la nécessité d'un gel immédiat de l'extension des deux mesures de la rénovation auxquelles notre initiative s'oppose, à savoir la suppression des notes et l'introduction des cycles de 4 ans. Il est absurde de continuer à généraliser des pratiques qui ont de fortes chances d'être désavouées par le peuple.
Dans l'intérêt de tous, écoliers, parents, enseignants, il faut que les citoyens clarifient au plus vite cette situation et décident du type d'école qu' ils préfèrent pour leurs enfants.
Enseignant au primaire
Vice-président de l'ARLE
Membre du comité d'initiative
texte publié comme lettre de lecteur in Tribune de Genève, le 11 juin 2003