Instruire d’abord, éduquer avec les parents

 
par Muriel Joyeux. Membre du comité de l’Association Refaire l’Ecole (Arle)



in Logo TG - www.tdg.ch - le 17 février 2006


«L’évaluation certificative, chiffrée et continue est le meilleur système de contrôle.»

«Le syndicat des enseignants refuse l'école de droite», a-t-on pu lire récemment dans la Tribune de Genève. Quelques simples rappels aideront les électeurs à se faire une opinion raisonnable dans le débat sur l'école genevoise devenu confus.

Depuis le lancement de la rénovation de l'école primaire genevoise, toute personne ou groupement critiquant le système mis en place par le Département s'est vu diaboliser. Le dialogue a toujours été bloqué, monopolisé par une minorité idéologique. L'école est devenue, au fil des dernières décennies, le laboratoire des chercheurs de la Faculté des sciences de l'éducation et de leurs adeptes.

Autrefois reconnue comme de bonne qualité, pouvant régater avantageusement avec les établissements privés, elle a dérivé, ne répondant plus aux attentes ni d'une bonne partie de la population, ni de la plupart des employeurs qui rechignent à engager des apprentis si mal formés.

Le nœud du problème réside dans les propos d'Olivier Baud, président de la SPG (Société pédagogique genevoise), lorsqu'il dit s'opposer au projet de loi de la droite qui stipule que l'école primaire a pour mission première d'enseigner à lire, écrire et compter. Pour lui, «cette inscription va à fin contraire du but de l'école primaire, qui est d'éduquer». Or, c'est aux parents qu'incombe avant tout la tâche d'éduquer. Ne pas confondre «instituteur», qui instruit, et «éducateur» (c'est un autre métier).

L'ARLE souhaite que la population se prononce sur le type d'école qu'elle veut pour ses enfants: celle qui instruit ou celle qui se préoccupe principalement de comportement et de socialisation. C'est pourquoi l'initiative 121 préconise «le maintien des notes à l'école primaire», notes reflétant la moyenne des travaux effectués durant un trimestre, mesurant le degré d'acquisition des différentes matières, suivant un programme clair et précis pour toutes les écoles du canton.

Nous sommes convaincus que cette évaluation certificative, chiffrée et continue, qui a été plébiscitée par 28 000 signataires, est le meilleur système de contrôle.
La moyenne se justifie par des tests comportant un nombre de points et un barème définissant le degré de maîtrise de chaque sujet travaillé et exercé en classe. Dans le livret trimestriel, la note de français II, par exemple, est le résultat des moyennes de conjugaison, d'orthographe, de grammaire et vocabulaire. Les notes sont et ont toujours été accompagnées de commentaires indiquant la progression ou au contraire la régression des performances de l'élève. Rien de nouveau donc et ce système a le mérite d'être clair, de stimuler l'effort et de valoriser le mérite.

C'est ce que nous appelons de vraies notes, contrairement au mode d'évaluation imposé par Charles Beer dès la rentrée 2005 où elles ne sont que «la traduction» de commentaires et d'une appréciation générale de la progression de l'élève par rapport à lui-même, ou par rapport à des objectifs qui restent flous - à la différence de programmes au contenu bien délimité.

Dans le système qui a perduré jusqu'en juin dernier dans une grande partie des écoles primaires, les parents étaient informés régulièrement sur le travail et les acquisitions de leur enfant: ils étaient invités à signer les travaux chaque semaine et se voyaient proposer des rencontres individuelles durant l'année.

Un cycle annuel, tel que l'ARLE le préconise, est un laps de temps que les élèves et leurs parents peuvent appréhender aisément. Si des problèmes ou de graves lacunes apparaissent, il est plus facile d'y remédier immédiatement ou d'envisager, en cas de nécessité, un redoublement à la fin de l'année. C'est alors une chance qu'on donne à l'enfant de reprendre confiance en lui et de poursuivre sa scolarité sur de bonnes bases, et non une punition comme certains le prétendent. Un rapport du SRED (Service de la recherche en éducation) indique que dans 76% des cas, le redoublement s'est avéré positif.

Le Grand Conseil doit se prononce cette semaine sur un contre-projet à opposer à notre initiative. C'est avec impatience que nous en attendons la teneur. D'ors et déjà, que personne ne se laisse embobiner par les «éducateurs» qui veulent se substituer aux «instituteurs»


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