La guerre des notes à Genève tranchée en votation

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Le parlement n’a ni essayé ni réussi à s’entendre sur l’école

 

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La guerre des notes à Genève tranchée en votation

éditorial d'arthur grosjean, responsable de geneve actualité,

Publié le 01 février 2005

La guerre des notes continue de faire rage à Genève. La commission de l'enseignement du Grand Conseil vient de terminer ses travaux sur la question plus divisée que jamais. Le clivage gauche-droite bat son plein et il n'y aura pas eu de paix des braves pendant le processus parlementaire. Un accord de dernière minute lors de la prochaine séance du Grand Conseil paraît exclu.

Cette empoignade, où les partis vont se profiler politiquement (trois rapports de minorité!), donne-t-elle raison à ceux qui, depuis le début, disent que l'école est une chose trop sérieuse pour la confier aux jeux politiciens? Que la manière d'enseigner ne doit pas faire l'objet d'une votation populaire mais être réservée aux spécialistes, à savoir les pédagogues, la direction de l'Instruction publique et les représentants des enseignants et des parents? Ce serait aller un peu vite en besogne.

Si le parlement s'est saisi de cette affaire des notes, c'est qu'au départ il y a une initiative populaire, lancée par des enseignants mécontents, qui a fait un tabac auprès de la population. Il y a aussi les piètres résultats de l'école genevoise mis en évidence notamment par le système d'évaluation Pisa. Il y a encore un nombre de jeunes toujours plus important qui se retrouvent à la sortie du Cycle sans un véritable bagage scolaire qui leur permettrait d'affronter sereinement leur vie professionnelle.

L'Instruction publique, qui a tâtonné plusieurs années sur la rénovation du primaire, ne peut donc pas se targuer d'avoir fait tout juste. A force de se concentrer sur le bien-être et le développement personnel de l'élève, elle a un peu oublié la notion d'effort et la validation du travail qu'implique un apprentissage.

Le débat va maintenant se focaliser sur les principaux points de discorde: la moyenne des notes, le redoublement ou encore la longueur des cycles de formation. La population n'en saisira peut-être pas toutes les subtilités.

Qu'importe. Ce qu'on attend d'elle, c'est plutôt un signal politique clair grâce auquel on puisse ramener un peu de calme dans le cursus scolaire. L'alternative est simple: doit-on considérer peu ou prou la note comme un instrument injuste et arbitraire, notamment quand on impose des moyennes annuelles? Ou doit-on la tenir pour un moyen relativement efficace pour sanctionner la connaissance d'un élève? Les Genevois trancheront normalement en septembre prochain.



Le parlement n’a ni essayé ni réussi à s’entendre sur l’école

NOTES - 29 séances de commission et un échec total des négociations.

jérôme faas
Publié le 01 février 2006

Prolonger les débats n'aurait sans doute servi à rien. Après 29 séances de commission, la guerre des notes laisse gauche et droite dos à dos, accrochées à des convictions irréconciliables.


Jacques Follonier. © Pierre Abensur

La prochaine session du Grand Conseil, agendée les 16 et 17 février, promet un combat homérique. Son issue déterminera la teneur du contre-projet opposé à l'initiative de l'Association refaire l'école (Arle), qui prône le retour des degrés et des moyennes à l'école primaire.

Atmosphère détestable


Quoiqu'il arrive, ce débat stérile sera clos mi-février. A cette date, le contre-projet choisi par le Grand Conseil ne pourra plus être modifié. Si la droite reste soudée, son texte passera facilement la rampe. L'Alternative, très minoritaire, proposera un amendement général réclamant la résurrection du contre-projet de Charles Beer, balayé par l'Entente en mai dernier.

Depuis lors, l'atmosphère régnant au sein de la commission parlementaire de l'enseignement est détestable. La droite n'a jamais digéré que Charles Beer ait appliqué son contre-projet dès la rentrée 2005. «Le règlement qu'il a édicté a faussé tous les travaux», fustige le ­radical Jacques Follonier.

La gauche n'a pas supporté que l'Entente et l'UDC scellent un accord la réduisant au silence. L'écologiste Sylvia Leuenberger stigmatise «un blocage à toute ouverture de propositions pouvant venir de la gauche ou du département. Du jamais vu.» Voilà pour la procédure.

Sur le fond, les positions tranchées des uns et des autres rendaient ce dialogue de sourds quasi inévitable.


Charles Beer. © Georges Cabrera

Le contre-projet de l'Entente contient la réintroduction des moyennes, le redoublement ainsi que les évaluations par le Grand Conseil des innovations pédagogiques et des établissements. La gauche rejette toutes ces mesures.

Botte secrète à gauche?

Charles Beer doutait d'ailleurs que lesdites évaluations aient leur place dans ce contre-projet. Pour s'en assurer, il a commandé un avis de droit au professeur Andreas Auer. ­Celui-ci a donné raison à l'Entente. Il juge néanmoins que le projet de loi ne satisfait pas aux exigences légales de clarté voulues. «Andreas Auer s'est basé sur une ancienne version de notre projet, modifié depuis», sourit Jacques Follonier.

Les divergences de vues ne s'arrêtent pas là. La droite entend élever les exigences de promotion au Cycle. «Avec une telle mesure, 835 élèves n'y auraient pas été admis cette année», tempête la socialiste Véronique Pürro. «Ils sont le même nombre à rester sur le carreau à la sortie du Cycle», rétorque Jacques Follonier.

Face à un tel fossé idéologique, Socialistes, Verts et Alliance de gauche ont chacun rédigé un rapport de minorité. «Une technique de combat pour gagner du temps de parole en plénière», explique Sylvia Leuenberger. Le projet de loi de Charles Beer paraissant condamné, elle évoque déjà «une troisième solution» qui sera dévoilée dans les jours à venir.


Trois projets concurrents

Initiative de l'ARLE: l'école primaire compte six degrés. Des notes certificatives interviennent dès la 3e primaire, le redoublement est possible.

Contre-projet de l'Entente et de l'UDC: l'école s'organise en trois cycles de deux ans, des notes certificatives et des commentaires apparaissent dès la 3e primaire. La prolongation ou le raccourcissement d'un cycle sont possibles. Le Grand Conseil évalue régulièrement chaque établissement et les innovations pédagogiques.

Contre-projet de Beer:
l'école compte deux cycles primaires dès la 3e. Des appréciations traduites en notes et des commentaires interviennent chaque trimestre. La prolongation et le raccourcissement d'un cycle sont exceptionnels. (jfa)



© Tribune de Genève

 

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