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Des profs vont se battre pour le maintien des notes (29/11/2001)
 
ÉCOLE - L'Association Refaire l'École veut tordre le cou à la rénovation.
 
BERNARD FAVRE

  Di Nolfi Salvatore

Dans le canton de Vaud, l'initiative populaire pour le maintien des notes est venue du parti libéral. A Genève, elle pourrait bien émaner des profs eux-mêmes. L'Association Refaire l'École (ARLE) a en effet promis de faire parler d'elle. Devant quelque 120 membres, elle a tenu mardi soir son assemblée statutaire à la Maison de Quartier de Saint-Jean. Parmi ses buts, l'ARLE évoque la défense de l'école en tant qu'institution républicaine et démocratique et sa protection contre toute intrusion idéologique ou commerciale. Mais surtout, elle souhaite le "maintien d'une évaluation chiffrée".

l'ARLE est née le 6 novembre d'un élan spontané autour du manifeste rédigé par une dizaine d'enseignants du primaire et du secondaire. Le "Groupe Dorian", du nom du café où il organisait ses rencontres, avait fait circuler ce document dans les écoles en proposant une soirée débat aux profs qui partagent leurs préoccupations. Le jour venu, et malgré une diffusion plutôt artisanale, ils ont été surpris par l'afflux de plus de septante enseignants, et de quelques parents d'élèves. Qui ont d'emblée décidé de se constituer en association.

Affluence massive

Mardi soir, le groupe Dorian avait vu plus grand et réservé la plus grande salle de la Maison de Quartier. Malgré cela, il manquait encore une vingtaine de chaises. Les quelque 120 personnes présentes ont dû puiser dans leurs dernières ressources pour débattre en détail des statuts, pendant près de trois heures et demie. Les échanges, animés avec un infatigable souci d'équité par François Truan, enseignant au Collège Sismondi, ont permis d'étayer chaque article de réflexions philosophiquement appuyées. Malgré la richesse des arguments, l'assemblée a voté la plupart des amendements à une très large majorité.

L'une des décisions les plus spectaculaires concerne le maintien des notes au primaire. Même si elle n'est matérialisée qu'entre parenthèses parmi les "moyens appropriés" de défense d'une école de qualité, elle a été votée par acclamation. "C'est un tabou qui saute", explique une enseignante. "Aujourd'hui, celui qui ose s'opposer à la suppression des notes passe en effet pour un dinosaurien réactionnaire."

Le savoir au centre

Le souci de l'ARLE n'est pas seulement de s'opposer aux réformes, mais de s'ériger en force de proposition. "Dans le passé, l'enseignant était au centre. Aujourd'hui, le Département veut mettre l'élève au centre. Pour nous, il s'agit de placer le savoir au centre", avait affirmé le 6 novembre le philosophe Jean Romain. l'assemblée l'a d'ailleurs unanimement propulsé à la présidence de l'ARLE.

Le nom de L'Association a fait l'objet d'un long débat. Il y eut des propositions "légères", comme PUREE (Pour Un Réveil Efficace de l'École) ou PIPe (Pour l'instruction Publique), afin de détendre une assemblée épuisée. Pour finir, il s'agissait de choisir entre "Refaire" et "Repenser" l'école. "Vu l'urgence de la situation, notamment pour le primaire, il est essentiel d'agir", a estimé Jean Romain. l'assemblée l'a suivi.


Jean Romain promet de l'action

Les Genevois connaissent bien Jean Romain, élu mardi à la présidence de l'ARLE. l'enseignant et philosophe a signé de nombreux essais et romans.

Si beaucoup d'enseignants se retrouvent dans ses idées, elles ne font pas l'unanimité. Ainsi le syndicat SSP-VPOD lui reproche-t-il ses conceptions "antipédagogiques" et un "discours terriblement élitiste."

- Etes-vous élitiste?
- Au contraire. Je suis pour une sélection humaine, et pas darwiniste. Avec un système où l'enfant peut aller "à son rythme" sur des cycles de quatre ans (ndlr: au lieu du rythme annuel en vigueur jusqu'ici), on favorise les élèves déjà hyperfavorisés par ailleurs. Tandis que les plus faibles, on leur dit: "C'est pas grave si tu n'as rien compris, tu as le temps." J'estime qu'il faut pousser l'élève. C'est son droit de progresser, quel que soit son niveau.

- Pourquoi la note est-elle importante?
- L'évaluation doit être simple pour être comprise. Ensuite, dans L'évaluation chiffrée, il y a un double effet. Motivation pour celui qui fait de bons résultats, et signal d'alerte pour l'autre.

- Quelles sont vos priorités?
- l'ARLE représente les trois ordres d'enseignement. Mais il y a urgence au primaire. L'Association s'est clairement prononcée pour le maintien des notes. Il n'y a qu'un seul moyen de l'attaquer publiquement, si le département n'écoute pas notre point de vue: l'initiative populaire. Il faudra que L'Association en débatte.

- Et pour les autres ordres d'enseignement?
- Au cycle, la nouvelle grille horaire doit être combattue. Elle défavorise ceux qui choisissent le latin, parce qu'ils n'ont dans ce cas pas le droit de suivre certains cours à option, comme l'initiation au cinéma ou le dessin.

- Et au post-obligatoire?
- L'application de la nouvelle maturité provoque une terrible dispersion. En première année, les étudiants doivent concilier entre 13 et 14 branches. C'est invivable.

 
 
 
   
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