France : les IUFM en accusation



La formation des maîtres pose un énorme problème depuis trop longtemps. Les IUFM sont mis en accusation courageusement par certains auteurs. Depuis la loi 1989 en France, l’idéologie des IUFM place l’élève au centre du système éducatif : le maître n’est pas là pour lui apprendre quelque chose ; il ne doit s’inquiéter que de ce que pense l’élève ou de ce qu’il aime.

Relation maître-élève

Pour montrer que l’on voue aux gémonies l’autorité de l’enseignant, il a fallu inventer une nouvelle taxinomie pour qualifier les rôles respectifs du maître et de l’élève. Le premier est considéré comme l’adulte référent ou la personne ressource ou encore le gestionnaire polyvalent d’interaction différenciée et le deuxième y est vu comme un apprenant, étant entendu qu’il ne doit pas acquérir des connaissances mais bien plutôt construire des apprentissages. Dans ces conditions, on ne cherche pas à donner aux nouveaux enseignants de la matière pour mener à bien leur tâche mais on veut leur faire simplement adopter des théories. Inutile de préciser que le but des « experts » est d'imposer aux candidats les pratiques émanant desdites théories.

La question didactique

Durant la dernière décennie, les débats n’ont pas porté sur la formation des maîtres. Emmurés, ceux-ci n’osaient pas s’exprimer sur le sujet. Aujourd’hui, il s’agit pour tous les partenaires de l’enseignement de casser ce mur de silence. Aux yeux des jeunes profs, inadapté, dogmatique, éloigné de la réalité sont les mots qui caractérisent l’enseignement dispensé en IUFM. L’absence d’information pratique des cours de pédagogie délivrés de ces instituts montre l’inutilité de ceux-ci.

Notions pédagogiques vides de sens

Les notions pédagogiques et psychosociologiques dont les jeunes profs sont assommés s’avèrent être plus insolites les unes que les autres et totalement inapplicables pour les jeunes profs. Le socio-constructivisme a voulu s’opposer à l’enseignement dit  frontal, jugé traumatisant, on a prôné la gestion collective des élèves. Le maître idéal est celui qui allie, alterne et adapte toutes les techniques de la pédagogie à la matière enseignée et … aux caractéristiques propres de ses élèves.
Force est de constater le double échec de ces cours basés sur la dictature du socio-constructivisme : d’une part, ils n’ont qu’un rapport lointain avec les disciplines universitaires de même nom ; d’autre part, ils sont dépourvus de toute application possible.  Très peu animés, à sens unique, ces cours portent essentiellement sur des questions aussi futiles que la couleur du stylo utilisé pour la correction des copies, la façon de faire son premier cours (même deux semaines après la rentrée des classes), l’utilisation du terme erreur au lieu de faute. On y apprend à ne pas faire des contrôles mais bien plutôt des évaluations.
En mettant l’élève au centre, cette méthode connaît un autre double échec : non seulement elle ne pallie pas le problème des troubles du comportement déviant mais en plus elle tend à humilier le maître en lui reprochant de ne savoir gérer sa classe. « L’élève a raison, le maître a tort », telle est sa devise.

Perte de temps et gaspillage des finances publiques

Aussi cette « formation professionnelle » apparaît-elle comme une perte de temps et un gaspillage des deniers publics. En effet, le volume horaire consacré à ces cours de contenu très pauvre n’a pour justification que de compléter le nombre d’heures imposé à un fonctionnaire stagiaire ; ces heures creuses sont ainsi remplies de manière artificielle par des professeurs fatigués après plusieurs années de bons et loyaux services, ravis de se voir déchargés d’une partie d’heures d’enseignement.
A la vacuité didactique de ces cours, s’ajoute bien évidemment l’énorme perte de temps pour les jeunes profs, ressource vitale qui pourrait être consacrée à la préparation de leurs cours, les corrections, etc.

Endoctrinement et soumission

Travestissant la réalité qu’il est censé décrire, le langage employé par l’IUFM n’a de fonction que d’assurer la paix sociale en ses murs. En plus d’être inutile et sans intérêt, l’IUFM use de tous les moyens pour se développer et s’imposer. Elle assure son pouvoir en distribuant généreusement les bonifications à ceux qui suivront ses cours et en faisant régner un régime de terreur sur ceux qui ne s’y soumettraient pas docilement.
Par conséquent, l’IUFM est une institution viciée, structurellement inadaptée, dont l’enseignement est notoirement insuffisant à tous points de vue, mais dotée d’un pouvoir de nuisance propre à casser la motivation, la bonne volonté et les compétences des jeunes profs, en y distillant l’ennui et la déresponsabilisation.

Conclusion

La règle de l’exigence devrait redevenir la priorité d’une formation des maîtres. Un savoir se construit et se consolide pas à pas, d’étape en étape ; il ne peut être trouvé à tâtons, au gré des représentations personnelles des petits. Une école efficace doit être le lieu justement où l’on acquiert des catégories pour se sortir des siennes, ce dans le respect des différents acteurs concernés.

Micheline Pace
membre du comité de l’ARLE





Sur les sites Appy et Sauver les lettres, entre autres, on trouve des articles intéressants concernant les IUFM
(instituts universitaires de formation des maîtres) en France. Je vous soumets ici un petit choix suggestif parmi ceux-ci.





Formation des profs : le livre qui accuse

in Le Figaro, 16.09.2003
http://appy.ecole.free.fr/articles/20030916a.htm
 
         « Le maître est “l'adulte référent” ou encore la “personne ressource” et les élèves sont des “apprenants”. L'élève ne “travaille” pas, il “produit”. Il ne doit pas “apprendre”, ni “acquérir des connaissances” mais “construire des apprentissages” »... Rachel Boutonnet, jeune professeur des écoles, cache mal sa colère der rière sa voix douce et posée. Son année à l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) a été un calvaire qu'elle raconte dans son Journal d'une institutrice clandestine (1). Selon elle, on ne peut y survivre que si l'on adhère à un discours dominant qu'elle résume ainsi : « Tout ce qui fait référence aux anciennes méthodes est mauvais, tout ce qui est nouveau est bon ».
         Exemple ? « On nous demande seulement de faire en sorte que les enfants se construisent seuls. Or, à un moment il faut bien qu'ils apprennent », explique la jeune femme. Pis, ajoute-t-elle : « On ne cherche pas à donner aux futurs enseignants des méthodes d'enseignement. On essaie simplement de nous faire adopter des théories. » Il est demandé aux stagiaires d'éduquer les enfants. Or, dénonce-t-elle, « moi je veux instruire. C'est dans les pays communistes que l'on voulait éduquer ».
         Depuis la loi d'orientation de 1989, l'élève est placé au cœur du système éducatif. Or, « ce sont les savoirs qui doivent se trouver au centre du système éducatif », rétorque Rachel Boutonnet. « Les conséquences de l'enfant au centre c'est qu'on ne lui apprend plus rien mais que l'on s'inquiète seulement de ce qu'il pense et de ce qu'il aime. Ce qui m'intéresse, moi, c'est ce qu'il apprend. » Mais pour l'institutrice qui enseigne cette année dans une école de la région parisienne, le pire tient sans doute dans l'acharnement que l'institution mettrait, dès le cours préparatoire, à ne pas faire ce qu'il faut pour apprendre aux enfants à lire et à écrire. « Il est faux de dire que ce n'est pas une question de méthode. C'est au contraire fondamental », ex plique la jeune femme, qui estime qu'en dehors du syllabique, le fameux b.a.-ba, point de salut.
         Dans son livre, elle explique ainsi le titre qu'elle a choisi : « C'est bien comme une clandestine que je me comporte. J'efface soigneusement le tableau quand je quitte ma classe pour qu'on ne voie pas trace de mon travail, je fais recouvrir de papier kraft les manuels avec lesquels mes élèves apprennent à lire et que j'ai achetés en secret sur mes deniers. Je tais soigneusement mes convictions (...), qui n'ont pas l'heur de plaire à certains de mes collègues et répugnent franchement aux membres de l'inspection. »
         Qu'attend-elle de la publication de son livre ? « J'espère que d'autres jeunes enseignants qui sortent de l'IUFM vont se mettre à parler », explique la jeune femme et que l'on va enfin penser à réformer ces instituts. La question de la formation des enseignants reviendra certainement en force au cours du débat sur l'école. L'occasion pour Rachel Boutonnet de faire valoir la seule question qui vaille à ses yeux : « Notre travail est-il ou non efficace ? »
M. C.
 
(1) Éditions Rarnsay, 286 pages.

Rachel Boutonnet, Journal d'une institutrice clandestine, Éditions Ramsay. Août 2003. 286 pages
Présentation du livre sur le site de "Sauver les lettres"
http://www.sauv.net/rachel.php
lire aussi les commentaires faisant suite à la présentation du livre, édifiant !




Formation des profs : Luc Ferry réforme a minima

Cécile CALLA, in Le Figaro, 10.04.2003
http://appy.ecole.free.fr/articles/20030410a.htm

Extrait :

         « Dogmatique », « inadapté », « éloigné de la réalité » : les jeunes professeurs n'ont pas de mots assez durs pour qualifier l'enseignement dispensé en IUFM. Au point que certains stagiaires préfèrent corriger leurs copies plutôt que de suivre les cours de pédagogie qu'on leur délivre dans ces instituts !
         Principal reproche : l'absence d'information pratique. « Tout ce que j'ai fait pen dant une année ne m'a strictement servi à rien par la suite », explique Maya, qui a suivi les cours d'un IUFM de l'Essonne en 2000-2001. Cette jeune femme de 26 ans a appris à organiser des concours de lectures et se retrouve confrontée à des élèves qui ne savent même pas lire !
         Dans son IUFM de l'académie de Versailles, Marina n'a, elle, bénéficié d'aucune formation sur la violence en milieu scolaire. Pourtant, à l'issue de sa première année de prof de lettres dans un collège de banlieue, la jeune enseignante s'est retrouvée confrontée à des menaces de mort.
         « Tout en nous vantant le mérite des enseignants dans les établissements classés ZEP, on se garde bien de nous parler des problèmes », renchérit Maya. Et quand le sujet est abordé, le discours est bien souvent éloigné du terrain. Actuellement, à l'IUFM d'Antony, Sarah se souvient ainsi d'un cours de trois heures sur les conflits liés à l'adolescence : « Le psychosociologue nous a ex­pliqué que le corps de l'adolescent changeait, que des poils poussaient... Nous étions ébahis ! Et lorsque nous avons sollicité des conseils précis pour savoir comment réagir devant un élève qui refuse de rendre un devoir, il nous a rétorqué : “Êtes-vous sûrs que c'était un devoir intéressant ?” »
         En revanche, les jeunes profs sont assommés de notions pédagogiques plus insolites les unes que les autres. A l'IUFM d'Antony, les jeunes profs apprennent pendant près de trois heures, allongés, à économiser leur voix. « Un cours qui se terminait par des crises de rires », raconte Sarah. Dans un autre IUFM de l'Essonne, une matinée de cours est consacrée à la couleur de correction des copies. Le rouge étant à proscrire pour éviter de traumatiser l'élève, il est conseillé d'adopter la même couleur que la copie. Le moyen le plus sûr pour que l'élève ne puisse pas identifier ses erreurs !
         On apprend aussi aux enseignants à ne pas parler de faute mais d'erreur. Autre terme relégué aux oubliettes : le bon vieux “contrôle”. Désormais, les élèves passent des “évaluations”, ce qui n'est pas sans créer des confusions lors des évaluations d'entrée en sixième, les enfants croyant avoir des contrôles...
         Pourtant, rapidement, les jeunes profs reviennent aux bonnes vieilles méthodes. « On est censé varier les emplois du temps mais on s'aperçoit que les enfants sont rassurés lorsqu'il y a, par exemple, une dictée à un jour fixe », témoigne Barbara, ex-stagiaire d'un IUFM de l'académie de Versailles. « En fait, résume Maya, la pédagogie qu'on nous inculque part du principe que nous avons tous des classes de bon niveau. »



En finir avec les IUFM

Le pire est pour bientôt si l'on ne se décide pas à agir.

Fabrice BARTHÉLEMY, Antoine CALAGUÉ, in Le Monde, 03.09.2002
http://appy.ecole.free.fr/articles/20020903b.htm


         Depuis dix ans, la formation initiale des professeurs est dispensée dans des établissements dits “IUFM” (instituts universitaires de formation des maîtres). On pourrait résumer le bilan de cette expérience dans un consternant triptyque : l' IUFM est inefficace, inutile et parasitaire.
 
         Inefficace : cette opinion est largement répandue dans le corps enseignant.
         Les IUFM entendent regrouper dans une même structure (les anciennes Ecoles normales d'instituteurs) tous les enseignants, de l'école primaire jusqu'au chargé de cours à la faculté, au mépris des spécificités de chaque niveau.
         Le volume horaire consacré à la formation, pour ce qui concerne les professeurs du secondaire, n'a pour justification que de compléter le nombre d'heures imposé à un fonctionnaire stagiaire (qui n'effectue qu'environ 6 heures d'enseignement en établissement). Ces heures creuses du fonctionnaire sont, il faut bien le dire, remplies assez artificiellement par des enseignements assurés soit par des intervenants extérieurs peu concernés, soit par des professeurs souvent ravis d'échapper à un auditoire plus agité, après plusieurs années de bons et loyaux services. Le contenu est donc très pauvre. Les débats (peu animés) portent par exemple sur des questions aussi essentielles que la couleur du stylo utilisé pour la correction des copies ou - tous les stagiaires ont connu cela - la façon de faire son premier cours, cet enseignement étant dispensé deux semaines après la rentrée des classes.
         L'IUFM n'ouvre ses portes qu'en septembre, alors qu'il serait évidemment souhaitable de recevoir une formation dans les semaines précédant la rentrée. Ainsi, son flot jargonnant n'arrive à son plus haut débit que lorsque les jeunes professeurs sont déjà en situation de responsabilité.
La plupart des heures sont consacrées au « retour d'expérience », sorte de discussion à mi-chemin entre la séance de thérapie psychosociologique collective et les débats fréquemment pratiqués dans les débits de boissons. L'ennui est la caractéristique principale de ces réunions ; puisqu'il faut bien meubler, les pauses-café sont innombrables.
         Quant aux cours de psychologie, sociologie et philosophie de l'éducation, ils n'ont qu'un rapport lointain avec les disciplines universitaires du même nom. Leur faillite est double : ils sont à la fois dépourvus de tout intérêt et de toute application pratique pour de jeunes professionnels au début de leur carrière, ce qui n'aurait guère d'importance s'ils n'étaient de plus très loin du niveau intellectuel qu'on serait en droit d'attendre d'un institut « universitaire ».
         S'il est vrai que « les enfants changent à partir de 13 ans », que « le “13 heures” de TF1 est à regarder avec discernement » ou que Guernica est un tableau « éminemment politique », tout cela n'est pas vraiment nouveau. Prendre les jeunes professeurs, lauréats de concours difficiles au sortir d'une formation universitaire de qualité, pour des adolescents incapables d'entendre un discours adulte et d'écouter un cours digne de ce nom augure mal leur responsabilisation et la confiance qu'on place en eux. L'excellence indéniable de certains formateurs attachés à transmettre les clés et les enjeux de leurs disciplines est ainsi diluée dans une masse de médiocrité qui décourage les plus enthousiastes.
 
            Inutile : jusque dans les années 1990, les futurs professeurs étaient contrôlés et suivis dans l'établissement où ils effectuaient leur stage, un professeur expérimenté les prenant en charge. C'était le système du tutorat, le stagiaire allant dans la classe du tuteur, et vice versa. La formation de proximité, par l'exemple, a aussi ses vertus. Cela pouvait sembler insuffisant, mais cela marchait. Or ces structures fonctionnent toujours, mais sont formellement sous l'autorité de l'IUFM. Dans la pratique, les liens avec l'IUFM sont faibles, et beaucoup de tuteurs disent le mal qu'ils en pensent. Toujours dans la pratique, c'est là, dans l'établissement et avec le tuteur, que les stagiaires trouvent les réponses à leurs problèmes immédiats. Le tuteur est au plus près, il peut aider au moment où se pose la difficulté, et selon les besoins du jeune professeur. L'équipe pédagogique et les personnels de l'établissement conseillent, aident, soutiennent le stagiaire concrètement.
         Le tutorat est essentiel et efficace : pourtant il est dévalorisé par l'appétit des IUFM, qui doivent s'autojustifier en accaparant toujours plus l'emploi du temps des stagiaires, les soumettant à des exercices futiles et infantilisants.
 
            Parasitaire : l'IUFM doit assurer son pouvoir. Il use de tous les moyens pour se développer et s'imposer. Il s'incruste dès la licence, en distribuant généreusement les bonifications à ceux qui suivront ses cours. Ensuite, il fait régner un régime de terreur sur ses stagiaires en punissant l'absentéisme et en brandissant, en tant qu'employeur, la sempiternelle menace de la retenue sur salaire.
         Monde orwellien où les mots employés travestissent la réalité qu'ils sont censés décrire, l'IUFM assure en réalité la paix sociale en ses murs grâce à son pouvoir de sanction et de validation sur les jeunes professeurs. Ils ne sont plus évalués par le corps indépendant de l'inspection mais, dans leur grande majorité (professeurs certifiés), « visités » par leurs formateurs et astreints à rédiger un « mémoire professionnel » qu'ils soutiendront à la fin de l'année scolaire. Jugés en fin de compte davantage sur leur assiduité et leur capacité à reproduire dans cet écrit dérisoire le discours qui leur a été inculqué que sur leurs qualités effectives d'enseignant, face à leurs élèves, les stagiaires sont contraints au silence. Et l'IUFM peut poursuivre sereinement, malgré quelques éclats épars de colère froide, son entreprise accablante.
         Finalement, les cours qui y sont dispensés sont souvent dogmatiques, jargonnants (qui n'a pas entendu parler du « triangle didactique » ?) et d'une exigence extrêmement faible. Quels professeurs voulons-nous ? Des gens formatés, capables de “meubler” professionnellement leurs cours, ou bien des individualités fortes et responsables, maîtrisant leurs disciplines et capables d'assumer leur mission ? L'IUFM n'est pas la réponse appropriée à la massification de l'enseignement, car il nivelle par le bas. L'exigence doit redevenir la règle. Ce ne sera possible qu'en dehors d'une institution viciée qui neutralise la bonne volonté et les compétences de nombreux formateurs, prisonniers de ce système sclérosant.
         Ce n'était pas le chemin suivi par le ministère Lang, puisqu'il était question dans un avenir proche, sans débat ni discussion, de renforcer très sensiblement les prérogatives des IUFM et d'allonger la durée de formation, voire à terme de mettre en place une “filière IUFM” qui formerait de A à Z, et délivrerait un mastère (bac + 5). Le pire est pour bientôt si l'on ne se décide pas à agir.
         L'IUFM est une institution structurellement inadaptée, dont l'enseignement est notoirement insuffisant, mais dotée d'un pouvoir de nuisance propre à imposer aux jeunes professeurs une docile conformité. L'ennui, la déresponsabilisation et la démotivation y sont distillés. Le tout coûte des sommes considérables et constitue le laboratoire d'un naufrage éducatif généralisé. Ce texte, fruit de notre expérience, dégagé de toute préoccupation partisane ou syndicale, sera sans doute lu avec approbation par beaucoup de nos collègues et compagnons d'infortune, résignés ou décidés à éviter d'éventuelles représailles. Puisse-t-il surtout être lu et compris par nos nouveaux ministres et les décider à en finir avec les IUFM.
 
Fabrice Barthélémy et Antoine Calagué sont agrégés d'histoire et enseignent en lycée et en collège.
 


Les 7 plaies de l'Education nationale

Anne Vidalie in L'Express, 31/08/2006

dont la première est (devinez quoi ...)

1

Les profs sont mal préparés à la complexité de leur mission

Fanny Capel, 31 ans, n'a fait qu'un bref passage à l'institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne). Au bout de trois mois, la jeune prof de français a pris ses cliques et ses claques. «Le stage de deuxième année est utile, estime-t-elle. Le reste, c'est du bla-bla! Comme je suis agrégée, ma titularisation ne dépendait pas des dirigeants de l'IUFM, mais directement de l'inspection.» Les critiques pleuvent sur les IUFM, ces instituts créés en 1989 pour former les professeurs du primaire et du secondaire, et promis à l'intégration aux universités d'ici à trois ans. Gérard Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU): «Les profs ne sont pas assez bien formés.» Laurent Lafforgue, mathématicien, professeur à l'Institut des hautes études scientifiques: «Si on fermait les IUFM, ce serait une bonne nouvelle: ces institutions se révèlent nuisibles. Qu'y enseigne-t-on? Que "le maître n'est pas là pour transmettre des savoirs, mais des messages", que l'"observation réfléchie de la langue" vaut mieux que l'enseignement de la grammaire et de l'orthographe!» Geneviève Zehringer, présidente de la Société des agrégés de l'Université: «Les IUFM sont construits sur la haine du savoir: l'efficacité des profs serait largement indépendante de leur compétence dans la discipline.» Les usagers ne sont pas en reste. Selon une étude menée en 2005 par la Direction de l'évaluation et de la prospective du ministère de l'Education nationale, 3 enseignants sur 4 jugent leur formation «insuffisante», voire «très insuffisante». Plus d'un tiers d'entre eux souhaiteraient passer davantage de temps en stage, devant les élèves.

Le nouveau cahier des charges des IUFM, actuellement en chantier, y remédiera-t-il? Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'IUFM de Créteil, en doute. Lui plaide pour une «formation en alternance articulée autour du stage, qui permette de répondre aux questions des futurs enseignants quand ils se les posent» et, surtout, pour une «spécialisation» des profs sur une tranche d'âge: «A l'école élémentaire, enseigner aux 2-6 ans ou aux 7-11 ans, ce n'est pas la même chose. Pas plus que faire cours, au collège, à des 11-15 ans ou à des 16-20 ans.»




Pour prolonger la réflexion, je vous propose...

-Stagiaire un peu con made in IUFM
sur le site "Sauver les lettres", 04.2003
http://www.sauv.net/stagiaire.php


- "L'idéologie soixante-huitarde fait école"
publié par Politique autrement dans La Lettre No 21.
par Rachel, stagiaire à l’IUFM de Cergy, Novembre 2000


-IUFM : toujours accusés, bientôt réformés…
-La réforme : encore un “sac de nœuds” à démêler
par Luc Cédelle, in Le Monde de l’éducation, 04.2006
http://appy.ecole.free.fr/articles/20060400e.htm


-Comment la réforme des IUFM se prépare
-Les futurs enseignants ont soif de concret et de méthode
-Un pamphlet raconte la formation des maîtres
par Marie-Estelle Pech, in Le Figaro, 01.02.2006
http://appy.ecole.free.fr/articles/20060201a.htm


-Améliorer les qualifications des maîtres
par Alain BENTOLILA, in Le Figaro, 03.01.2005
http://appy.ecole.free.fr/articles/20050103a.htm


-Débat sur les IUFM (liens avec de nombreux textes)
sur le site "Reconstruire l'école"
http://www.r-lecole.freesurf.fr/iufm/iufm.html



Patrice Delpin
webmestre de l'ARLE

 

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