"Quand mon enfant aura atteint ses objectifs, devrai-je comprendre qu'il a au moins atteint le stade de la médiocrité ?"
Je suis maman de trois enfants en scolarité obligatoire (2E, 3P, 7e), et je vois bien qu'au fond, chacun souhaite que tous les élèves aient le bagage nécessaire pour se débrouiller dans la vie. Je suis convaincue qu'on peut y arriver, grâce aux moyens pédagogiques et méthodologiques développés qui sont infiniment précieux, reconnus comme tels et largement utilisés. Faites les rénovations que vous voulez, mais s'il vous plaît ne diminuez pas les exigences pour les enfants en augmentant celles des maîtres, tout en demandant aux parents de ne pas s'en mêler.
Car j'ai quelques soucis. Il me semble qu'on a perdu, chemin faisant, la confiance envers les enseignants, et - plus grave - envers les enfants. Maman non spécialiste de l'éducation scolaire, je réagis lorsque je crois que les choses vont trop loin. On est déjà passé par la grande idée de «suppression des devoirs à la maison». L'école à l'école, et qu'on ne s'occupe surtout pas de consolider la lecture ou de s'exercer à la difficile soustraction à la maison. Aux maîtres de se débrouiller pour que tout se passe dans la classe. On en est heureusement revenu.
Lorsque la «rénovation» me dit qu'elle veut mettre l'enfant au centre, elle n'est pas bien convaincante, car je n'ai rencontré aucun enseignant jusqu'à ce jour qui ait mis quelqu'un d'autre que l'enfant au centre. Ils savent mieux que quiconque, ces enseignants, que chacun avance à son rythme, et ils ont prouvé qu'ils étaient capables d'adapter leur méthode, d'aider un élève même «après l'école». Sauf que maintenant, ils me demandent l'autorisation de garder mon enfant dix minutes après la sonnerie pour revoir un petit problème...
C'est un comble, non ?On leur demande de diviser leur classe en groupes à niveaux pour chacune des matières. J'ai grandi dans des classes à plusieurs degrés par obligation d'organisation ; le maître devait diviser son temps entre les différents degrés, c'est mathématique. Et je peux affirmer sans détour que si les enseignantes de ma première fille l'avaient laissée travailler à son rythme, elle n'aurait fait que des maths, et jamais de français.
Et puis quelle différence entre les notes et les évaluations ? Ma seconde fille confrontée à ses premières notes cette année a compris la différence entre travail effectué et celui qui restait à faire. Elle se motive enfin face à l'apprentissage et elle peut commencer à s'organiser. Mon troisième, en 2e enfantine, vivra sans notes!
Je suis convaincue aujourd'hui que le fond du problème réside dans cette question de notes. Etonnamment personne n'en parle. Elle révèle l'absence d'exigences envers les enfants. Genève a fixé le barème de promotion primaire à la note 3. Niveau qualifié de médiocre à la page deux du carnet scolaire. On demande donc à nos enfant de connaître la moitié du programme et d'être médiocres, c'est suffisant !
Et je devrais croire que le passage à l'évaluation améliorera la situation. Au moment où je lirai dans son carnet que mon enfant a atteint les objectifs, devrai-je alors comprendre qu'il a au moins atteint le stade de la médiocrité puisque c'est suffisant, puisque les repères que sont pour moi un 4 ou un 5 n'y seront plus ? Je ne pourrai plus l'aider, ni l'encourager. Par là, vous m'excluez à nouveau de l'école.
Permettez que je m'en inquiète !
Je ne suis ni politique, ni syndicaliste, ni enseignante, juste soucieuse de permettre à mes enfants de devenir des êtres responsables comprenant et interagissant avec le monde dans lequel ils vivent. J'ai confiance dans les enseignants et dans leurs compétences à transmettre «le programme romand», mais soutenons-les un peu ! J'ai également confiance dans les capacités des enfants à acquérir des connaissances et des compétences, mais il faut le leur demander !
Parallèlement, je suis étonnée de lire, lors de chaque débat sur les objectifs de la rénovation avec ses modules de 4 ans, ou le remplacement des notes par des évaluations, les réactions de la SPG dans la presse qui sont celles d'un agressé face à un prétendu agresseur, ce qui est franchement agaçant. Est-ce politiquement incorrect d'avoir un autre avis que celui de la SPG ?
Quant aux arguments de l'ARLE et de Jean Romain, ils m'ont paru jusqu'à maintenant remplis de bon sens. J'en attends autant de la SPG...
Au fait, M. Milliquet dans les écoles primaires de Genève, la moyenne n'est pas fixée à 4 dans une discipline, comme vous nous le dites dans la TG du 18 mars 2002, p.2, mais à 3 (cf page 2 du livret scolaire de division moyenne des écoles primaires du canton de Genève).
(lettre de lectrice parue dans la Tribune de Genève du 23 mars 2002)
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