Argumentaire

Contre les cycles d'apprentissage de quatre ans à l'école primaire

Deux étapes au lieu de huit. Dans le nouvel échelonnement de la scolarité primaire, l'élève est bien censé atteindre, comme auparavant, les objectifs fixés, mais ces objectifs sont dilués dans deux périodes d'apprentissage de quatre ans. Cette réforme présente plusieurs risques importants.
 

* Ralentissement du rythme d'apprentissage.

Dans le nouveau système d'apprentissage proposé, le maître n'est plus un formateur ni un transmetteur, mais un « facilitateur d'apprentissage » qui doit permettre à son élève de découvrir lui-même, par exemple, les règles de la grammaire, celles de la division, ou de décider ce sur quoi il a besoin de travailler.

Cette méthode est idéaliste. L'ordre de l'apprentissage ne correspond pas à l'ordre de la découverte réelle des choses, qui bénéficie du hasard et des tâtonnements. En fait, l'apprentissage scolaire suit un ordre imposé par l'exigence de progrès cumulatif, il nécessite un rythme plus soutenu, balisé de repères clairs.
 

* Perte des repères.

Un savoir se construit et se consolide pas à pas, d'étape en étape, de façon à pouvoir, à chaque palier, remettre le pied à l'échelon si on a manqué une étape. Les cycles de quatre ans suppriment des repères indispensables aux enfants, autant qu'à leurs parents, pour suivre l'évolution de la scolarité de l'élève. C'est un facteur de déstabilisation pour tous les acteurs impliqués : élèves, maîtres et parents.
 

* Dilution des objectifs.

Des périodes de 4 ans impliquent une dilution des objectifs à atteindre dans de grandes généralités abstraites ; cette approximation permet la promotion systématique dans le degré supérieur.

En revanche, des objectifs annuels permettent une définition claire et précise des connaissances à acquérir et autorise le droit au redoublement au meilleur moment, à n'importe quel degré.
 

* Accumulation des lacunes.

Destiné à s'adapter au rythme propre de l'élève, l'allongement des périodes permet de différer, plusieurs années de suite, certaines acquisitions cruciales pour la suite de l'apprentissage.

Cette mesure est dangereuse. On ne peut pas constamment repousser à plus tard les exigences de formation intellectuelle fixées pour un âge déterminé sans dégrader  le rôle de l'école publique. Différer des apprentissages revient à rendre certains d'entre eux particulièrement difficiles.
 

* Sélection cachée, inégalités renforcées.

Le système avantage les enfants déjà capables de se structurer et de se responsabiliser sur 4 années, tout en ne favorisant pas les autres. On compte sur l'élève pour mettre en place le plus difficile : la structure.
 

* Mobilité pénalisée.

L'introduction de cycles de 4 ans, les projets d'école locaux réduisent l'homogénéité de l'école primaire genevoise. Les enfants dont les parents déménagent et qui changent l'école ne sont pas assurés de retrouver, dans la nouvelle classe, le même niveau.

Dans les faits, les cycles de 4 ans de l'école primaire

* poursuivent, en l'aggravant, la suite de réformes ;
* renforcent les inégalités entre les élèves ;
* aggravent le risque d'échec à long terme des élèves en difficulté ;
* entravent, voire excluent un suivi efficace par les parents démunis devant  la perte des repères, la dilution des objectifs et l'accumulation des lacunes.